Berger-Levrault ouvre les portes de ses travaux technologiques

Un post très court pour signaler l’initiative de la société Berger-Levrault qui vient d’ouvrir son blog interne, dénommé le technBLog, sur le monde extérieur. Ce blog aura vocation à partager avec qui veut, les pistes et explorations de cette entreprise dans le monde des technologies du numérique.

Vous pouvez l’accéder ici https://technoblog.berger-levrault.fr.

 

Vous avez dit innovation !

Horizon 2020 m’a donné l’envie de continuer mon tour de piste sur les initiatives « institutionnelles » concernant l’innovation. C’est pourquoi je me suis intéressé tout particulièrement à 3 sites/documents issues de demandes du gouvernement français ou de la commission européenne.

Je vous engage en tout premier lieu à visiter le site suivant http://www.horizon2020.gouv.fr/cid72762/les-technologies-cles-generiques-ket-dans-horizon-2020.html. Cet article traite des KET (Key Enabling Technologies) recensées par la commission européenne. Elles sont au nombre de six :

  • Nanotechnologies
  • Micro et Nanoélectronique
  • Biotechnologie
  • Photonique
  • Matériaux avancés
  • Systèmes de production/fabrication avancés pour la réalisation de composants à la pointe de la technologie, associant une ou plusieurs KET

Je pense que cette liste en dit suffisamment long sur la place des TIC dans la vision de la commission européenne !

L’honneur est sauf puisque la documentation française met à disposition le document suivant http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/114000139/0000.pdf sur les technologies clés 2015-2020 préfacé par notre ancien ministre Eric Besson. Saluons donc cet effort de reconnaissance dès la page 59 de grands domaines des TIC qu’il faudrait développer. Bien évidemment un document à lire avec attention.

Enfin, j’attire l’attention de tout un chacun sur le rapport Beylat-Tambourin daté d’avril 2013 (http://www.redressement-productif.gouv.fr/files/rapport_beylat-tambourin.pdf), commandé par le gouvernement français. Le passage suivant est particulièrement édifiant :

« Ainsi, au niveau européen, la France est identifiée dans le dernier tableau de bord de l’innovation de l’Union Européenne (2013) comme appartenant au groupe des « pays suiveurs », en décrochage par rapport au groupe des pays leaders (Allemagne, Danemark, Suède, Finlande). La période 2008-2012 fait apparaître une diminution de la « performance de croissance » alors que des pays suiveurs comme les Pays-Bas ou la Grande-Bretagne ont connu une amélioration de leur performance. Ce décalage entre effort en faveur de la R&D et performance en matière d’innovation traduit le problème à résoudre.

Il faut pour cela changer radicalement notre mode de penser l’innovation et les politiques qui en découlent : passer d’une vision où la dépense de R&D est la principale préoccupation, à une vision systémique axée sur les résultats en termes de croissance et de compétitivité ».

A noter que ce rapport est l’un des rares qui fait le lien entre enseignement (dès le secondaire) et innovation/compétitivité.

Les délocalisations dans les TIC

J’ai été récemment interpelé par la problématique des délocalisations. Bien que n’étant pas un expert en la matière, je crois qu’il faut essayer de comprendre que les délocalisations répondent à des démarches complexes dont il faut maitriser les ressorts pour mieux les contrer ou les accompagner. Elles sont le fruit de beaucoup d’influences, de contraintes ou d’opportunités comme par exemple (liste non exhaustive) :

  • La volonté de s’implanter localement en procédant à la localisation de tout ou partie de certaines activités (donc une délocalisation) dans le pays destination
  • La nécessité de trouver des compétences ou des ressources en grand nombre surtout lorsque le pays d’origine subit des manques dans les filières de formations ou un vieillissement important des populations
  • Les accords de partenariats qui s’accompagnent parfois de contreparties, dont des « localisations », nécessaires au bon déroulement des échanges
  • L’incompréhension des dirigeants concernant les conséquences des délocalisations y compris pour leur propre entreprise en matière de protection, voire de récupération des biens, inventions et revenus produits localement
  • L’inaction des consommateurs, il ne faut pas l’oublier ! En effet, notre manque de « discernement ou de sensibilité » concernant l’origine de production ainsi que notre particulière focalisation sur le prix n’aide pas à limiter les délocalisations
  • La cupidité qui, dans nombres de cas, conduit à vouloir toujours gagner plus au détriment de normes sanitaires, sociales ou juridiques jugées inappropriées

Ce qui est d’autant plus perturbant depuis quelques années c’est notre incapacité notoire à proposer des solutions viables à ce problème ! L’initiative de Mr Montebourg de promouvoir le Made in France est excellente et met en avant la qualité et l’innovation mais elle montre bien la limite du procédé car en fait les questions fondamentales qui se posent sont : sommes-nous encore en capacité de produire localement pour encrer des entreprises en France et en Europe ? Sommes-nous encore en capacité d’innover réellement en France ? Sommes-nous, simplement, capable de valoriser l’innovation ? Lorsqu’il est question de nouvelles technologies et de nouveaux procédés par exemple, ou sont nos savoirs faires et nos compétences capables de relayer cette volonté du MIF (Made In France) ? Sommes-nous capables de nous débarrasser de débats complètement dépassés sur la place de la langue française ou la « surprotection » des données personnels ? Il faut bien admettre que au-delà de la désindustrialisation, nous avons aussi détruit le tissu même de ce qui permet aux entreprises de production de réaliser leur travail il me semble et les exemples sont nombreux de dysfonctionnements récents. Tel constructeur automobile incapable de produire par manque d’une tête d’injection de diesel, tel autre fabricant de machines non approvisionné en microprocesseurs ou telle société du numérique innovante se délocalisant à Shanghai parce qu’inondée par l’administratif et ne rencontrant que des investisseurs frileux. Au passage, le pire est d’ailleurs probablement à venir lorsque certains pays détenteurs de ces capacités de réalisations estimeront (ou estiment déjà ?) que l’Europe n’est plus prioritaire et qu’ils doivent se concentrer sur leur propre sort ! Pour limiter les délocalisations, que faisons-nous concrètement pour rétablir ce tissu à l’échelle nationale, pour retrouver la véritable « compétitivité » qui est faite de bien plus que la simple baisse des couts du travail ?

Pour ne citer qu’un seul domaine industriel je me limite au monde du numérique et je fais les constats que :

  • Nous ne formons plus les individus de manière appropriées aux technologies du numérique, manque de qualité et de pertinence
  • Nous ne formons plus suffisamment d’individus, manque quantitatif
  • Nous ne maitrisons absolument plus rien quant aux technologies de bases que ce soit dans le logiciel ou dans le matériel, manque total d’autonomie
  • Nous n’avons aucun grand champion de taille mondiale capable de résister à ses concurrents, manque de puissance
  • Nous dilapidons la manne public encore et toujours dans du saupoudrage technocratique et en confiant le contrôle toujours et encore aux même individus, manque de discernement
  • Nous ne mettons rien en place capable de changer complètement et dans la durée la donne, manque de renouvellement

Comment alors lutter contre les délocalisations des entreprises high-tech, pour rester dans mon exemple, lorsque ces dernières n’arrivent même pas à recruter localement pour produire ? Pour freiner les délocalisations il me semble donc qu’il soit nécessaire de prendre des initiatives à divers niveaux pour agir dans la durée :

  • A très court terme, imposer des mesures qui rééquilibrent le dumping social généralisé. J’adore le Roquefort et les bons vins, mais je doute que nous retrouvions la voix du progrès et la maitrise de notre destin en sacrifiant nos protections « légitimes » sur l’ensemble de nos filières au profit de quelques productions locales, fussent-elles d’exceptions
  • A très court terme rappeler que ce qui n’est pas produit en France, entraine invariablement des emplois non pourvus en France. Je suis estomaqué de constater comment les individus qui m’entourent se sont rués sur Free par exemple. Aucune critique de Free qui propose un service bien moins couteux, appréciable et qui met en œuvre les moyens de sa compétitivité sur un marché très concurrentiel. Par contre, considérer que les opérateurs de téléphonie se sont « gavés » sur notre dos est un point de vue, entendre que les opérateurs « historiques » vont licencier en est une autre ! Alors ou est le bon choix ? Peux être que si les politiques avaient fait leur travail, les tarifs des opérateurs auraient pu être « dénoncés » par la voie légale, évitant par la même un nième intervenant qui a localisé ses centres de support à l’étranger ? Ce type de comportement est fréquent et tout à fait compréhensible. Les responsables, in fine, ce sont les consommateurs et nous sommes donc tous co-acteurs de l’apparition du chômeur de plus qui croise notre route désormais tous les jours ! Produire Français (européen) ne suffit pas, il faut aussi acheter local (CQFD !) et s’en donner les moyens
  • A moyen terme en réorientant tout l’argent dépensés en grande partie en pure perte par des « plans d’investissements d’avenirs » (35 milliards) ou « Horizon 2020 » (70 milliards). Je soutiens le fait qu’il faut redynamiser nos entreprises si nous voulons qu’elles restent en Europe. Ce n’est pas un ensemble de mesures spectaculaires et finalement inutiles qui vont les faire croitre et prospérer, ce qui est particulièrement vrai pour les entreprises innovantes. Ce sont des mesures ciblées et mesurées, qui ne passent pas par les rouages d’une administration tentaculaire incapable de viser quoi que ce soit si ce n’est elle-même !
  • A moyen terme il serait également souhaitable de revoir toute la législation sur la création des entreprises ainsi que le contrôle des aides en tout genre qu’elles reçoivent. Poser des conditions non négociables quant à l’octroi de ces aides est-il si difficile ? En contrepartie, pousser des aides conséquentes est-il également si compliqué ? La difficulté réside dans la capacité à choisir, ce que nous sommes devenus incapables de faire !
  • A long terme revoir l’enseignement de fond en comble. Je sais, évoquer une énième réforme du système éducatif, c’est le sujet tarte à la crème ! Mais je ne propose pas de réformer l’éducation, je propose de la recréer de A jusqu’à Z en retrouvant le bon sens, le sens commun tout simplement en remettant chacun à sa place, parents, enfants et enseignants. Retrouver les filières d’éducations techniques, retrouver les fondamentaux de l’apprentissage, installer enfin le numérique à l’école (et pas à travers un 78ième plan étatique type MO5 ou autre pour ceux qui se souviennent) et surtout arrêter avec cette vision misérabiliste de l’éducation nationale ! Pensez aussi à des enseignements laissant leurs places à des modèles comme ceux des écoles de la seconde chance (http://www.fondatione2c.org/srt/e2c/home). Je sais que le monde du numérique à beaucoup évolué mais je ne peux pas m’empêcher de me souvenir comment beaucoup d’entre nous avons appris ! Tout individu, même en rupture par rapport au système, peut développer du logiciel grâce au monde open source. La démocratisation de cette discipline doit nous pousser à concevoir des enseignements différents tirant avantage des new tech !

Bref il faudrait travailler des années entières pour aborder le sujet des délocalisations car ce n’est malheureusement pas un sujet simple. La compétitivité de la France ne viendra pas de crédits d’impôts sans fondements, ou de mesure dévalorisant le travail sous prétexte que notre modèle sociale coute trop cher. La compétitivité ne se décrète pas elle s’organise de manière méthodique et dans la durée avec de véritables experts issues de la société civil capables de relayer les réalités de notre vie de tous les jours.

Un point qui me parait essentiel enfin et qui choquera surement beaucoup de personne. Je crois, au plus profond de moi, que désormais la France doit sortir du consensus permanent et mou qui l’habite depuis trop longtemps. Au point où nous en sommes, il n’y a plus aucune décision qui soit sans effet négatif. A force d’avoir retardé ou différé les évolutions de notre société, nous avons fini par produire une situation dans laquelle chaque changement aura un impact ! J’affirme qu’il faut désormais du courage et appliquer des règles simples pour avancer :

  • Faire preuve de bon sens
  • Jeter les dogmes à la poubelle
  • Cibler les priorités
  • Arrêter de croire que ce qui s’applique ailleurs ne nous est pas adapté car nous pouvons aussi largement nous inspirer de ce que les autres font ou ont fait !
  • Appliquer des mesures même impopulaires
  • Gérer toutes les évolutions sociétales en mode projet en vérifiant les outputs
  • Accepter l’erreur et en tirer avantage
  • Ne pas hésiter à revenir en arrière grâce à des pratiques de benchmarks ou de tests localisés et limités mais qui ne durent pas 100 ans !
  • Pousser nos politiques à adopter des discourt clairs, sans langue de bois. Qu’ils s’adressent à nous dans un Français intelligible et courageux !

Avancer c’est choisir et choisir c’est renoncer. Facile à énoncer et aujourd’hui impossible en France. Il faut mettre en œuvre des actions, retrouver le mouvement et adapter les évolutions rapidement au fil de l’eau. Pour y parvenir il ne faut plus pâtir de nos lourdeurs, de nos indécisions, de notre absence de manœuvrabilité. Par exemple je suis littéralement atterré par la décision du gouvernement sur l’écotaxe. Indépendamment de tout débat d’idée (ce n’est pas mon propos), c’est une mesure votée et validée depuis des années. Passage de la décision à la mise en œuvre et patatras, le gouvernement s’arrête à la porte de la Bretagne. Que dire du contrat relatif au recouvrement de cette taxe ? Autre exemple, sur l’entretien des routes. Après avoir « bradé » nos autoroutes, j’entends que nous avons des difficultés à financer l’entretien des routes nationales. Il n’y a que la France pour vendre ce que l’impôt a financé pour se retrouver à devoir lever des taxes alors que les détenteurs de la rente des autoroutes s’enrichissent à bon compte. Ce sont deux exemples d’absence manifeste de bon sens et surtout d’intégration de la « vrai vie » tellement ces projets sont aujourd’hui entre les mains de personnes complétement déconnectées de nos réalités.

Lutter contre les délocalisations, c’est d’abord remettre la France « à l’endroit » ! Lutter contre les délocalisations c’est retrouver un projet national et européen autre que celui de la financiarisation à outrance et de l’ultra libéralisme. Vouloir bannir les délocalisations est illusoire car nous sommes très heureux lorsqu’une entreprise s’implante en France et crée de la valeur et du travail (ne jamais oublier la délocalisation qui se fait à notre avantage). Lutter contre les délocalisations doit se faire de manière non dogmatique, avec discernement et intelligence mais de manière ferme.

Horizon 2020 ou comment dilapidé 70 milliards d’euros !

Je suis désolé par avance de la longueur de ce post mais je pense qu’il est désormais temps de sortir du modèle dominant de « papillonnage », qui n’est rien d’autre que le reflet du consumérisme. Un sujet doit donc être approfondi et mon propos fait donc suite à mon précédent post pour adresser Horizon 2020.

Horizon 2020 (http://ec.europa.eu/research/horizon2020/index_en.cfm) est le nouveau programme cadre de la communauté européenne en matière de recherches et d’innovations. Je tente une traduction (libre) en français de ce qu’est H2020 et des objectifs qu’il se fixe. « Horizon 2020 est l’instrument financier pour réaliser la stratégie d’innovation de l’Union Européenne (http://ec.europa.eu/research/innovation-union/index_en.cfm), une initiative phare du programme Europe 2020 (http://ec.europa.eu/europe2020/index_en.htm) dont l’objectif est de sécuriser la compétitivité européenne. S’exécutant de 2014 à 2020 avec un budget de plus de 70 milliards d’euros, le nouveau programme pour la recherche et l’innovation est l’un des leviers pour créer une nouvelle croissance et des emplois en Europe.

Horizon 2020 amène de nombreuses simplifications au travers d’un ensemble de règles unifiées. Il combinera tous les financements en recherche et innovation qui étaient accessibles auparavant avec le PCRD (Programme Cadre de Recherche et Développement), le CIP (Competitiveness and Innovation Programme) et l’EIT (European Intitute of Innovation and Technology). Ses objectifs consistent à :

  • Renforcer la position de l’EU dans les sciences avec un budget dédié de plus de 24 milliards d’euros. Ceci fournira un « boost » à la recherche de haut niveau en Europe incluant la réussite de l’ERC. (Note : European Research Concil dont l’objectif affiché est de « Supporter les chercheurs de haut niveau du monde entier ! http://erc.europa.eu/).
  • Renforcer le leadership en matière d’innovation industrielle avec un peu plus de 17 milliards d’euros. Ceci inclus des investissements majeurs dans les technologies clés et un accès plus important au capital pour les PME
  • Fournir plus de 30 milliards d’euros pour aider à adresser les principales préoccupations partagées par tous les européens telles que le changement climatique, le développement du transport et de la mobilité durables, produire des énergies renouvelables, assurer la sécurité alimentaire ou faire face au vieillissement de la population »

Première série de constats. L’enveloppe cumulée est de 71 milliards d’euros dont « seulement » 17 milliards (23.9%) seront consacrés à renforcer le leadership en matière industrielle. J’insiste également sur le fait que seule une partie de ces 17 milliards d’euros sera consacrée aux technologies du numérique car le programme européen adresse toutes les formes d’innovations et de recherches ! Pour faire bonne mesure par contre, il ne faut pas sous-estimer la part des 24 milliards d’euros de recherche qui iront aux TIC. Je rappelle enfin que nous sommes 27 pays et que la commission veillera à ce que la « manne européenne » soit répartie équitablement. Essayer de répartir ces enveloppes, même les plus optimistes d’entre vous feront des calculs qui laissent rêveurs sur l’efficacité du dispositif !

Pour faire écho à cette première remarque et à des fins de comparaisons, je vous engage à lire le document qui traite de la stratégie américaine en matière d’innovation (http://www.whitehouse.gov/issues/economy/innovation) qui a le mérite de poser des axes simples à comprendre. Il ne s’agit pas d’adresser toute la « bobologie » du monde mais de réaliser des choix assumés qui favorisent des orientations claires en matière d’investissements et exclusivement pour les Etats-Unis (ils n’ont de toute évidence aucunes difficultés à se concentrer sur eux-mêmes !). Les arbitrages sont apparemment évidents pour les Etats Unis et adressent le sans-fil partout, la réforme des brevets, l’éducation et les énergies propres pour ce qui relève des nouvelles initiatives ! Dans ce que les US considèrent comme les « building blocks » du 21ième siècle nous trouvons également l’éducation, le leadership dans la recherche fondamentale, les infrastructures du futur et les technologies de l’information. Entre le sans fil, les infrastructures et la mention explicite des TIC, il semblerait que les US ne fassent pas dans la demie mesure ! Les technologies du numérique sont au cœur du dispositif et catalysent une masse d’investissements considérables. Pour ce qui est des données chiffrées je renvoie au Global Innovation Index (http://www.globalinnovationindex.org/content.aspx?page=GII-Home) qui indique que les US sont revenus au cinquième rang mondial des pays les plus innovants. Enfin ils sont cohérents et flèchent la recherche dans un continuum global qui aligne éducation (donc capacité à utiliser et à intégrer socialement les innovations), TIC (donc production des contenus et des applications) et infrastructures (donc moyens d’accéder aux contenus).

Pour accompagner la dimension numérique de H2020 il existe la DGCONNECT, «  Directorate General for Communications, Networks, Content and Technology  » (http://ec.europa.eu/dgs/connect/what-we-do). Cette direction est en charge de l’agenda digital d’Horizon 2020 (http://ec.europa.eu/digital-agenda/). Pour faire court et clair, c’est la direction, au sein de la commission européenne, qui va décider de tous les engagements en matière de projets de recherches et d’innovations dans les TIC au court des 7 prochaines années ! La DGCONNECT va s’appuyer, à son tour, sur le CAF ou « Connect Advisory Forum » dont les membres sont désignés pour une période de 2 ans. La période 2013-2014 est couverte par les personnes mentionnées dans la liste que vous trouverez sur le site Cordis de l’Europe (http://cordis.europa.eu/fp7/ict/docs/caf-mandate-rm.pdf). Là également, pour faire clair, ce sont les conseillers qui auront en charge la lourde responsabilité d’orienter la DGCONNECT dans la sélection des projets et des sujets soutenus par les fonds européens !

Deuxième série de constats. Si vous prenez le temps de consulter la liste des 27 noms du premier CAF, je pense que vous commencerez à tirer certaines conclusions édifiantes. Pour résumer il y a 16 personnes issue du monde académique (université, instituts, centres de recherches privés) soit 59% du CAF, 6 représentants de grands groupes soit 22% du CAF, 5 représentants d’entreprises moyennes soit 19% du CAF. Il y a par ailleurs dans les représentants du privé une prédominance d’entreprises dans les télécommunications et les infrastructures. Par curiosité je me suis également intéressé rapidement au ISTAG, qui était l’Advisory Group pour le FP6 et FP7 (http://cordis.europa.eu/fp7/ict/istag/membership_en.html). Il y a eu 5 groupes entre 1999 et 2012 et je vous laisse tirer vous-même vos ratios en consultants les listes ! Pour ma part j’en conclus que les ratios restent les mêmes ! Je n’ai par ailleurs pas trouvé de bilan, d’état des lieux ou de cartographie dressée sur les résultats des programmes précédents, à minima le FP6, a fortiori le FP7 ! Impossible donc de conclure sur une quelconque efficacité de cette formidable organisation qui semble mobiliser beaucoup de personnes à travers l’Europe.

Pour résumer, seuls 24% des 71 milliards d’euros vont à l’aide aux innovations industrielles et le CAF est orienté à 60% par des académiques. Je ne suis pas un grand spécialiste de toute la mécanique européenne mais je suis fils de paysans, je viens de la terre et si je prends une vieille marmite, que j’y verse peu ou prou les mêmes ingrédients avec des dosages approximativement identiques que la fois précédente, je devrais obtenir le même rata !

Pour être plus sérieux ou sont passé les représentants des sociétés qui développent du logiciel, qui adressent le monde du numérique embarqué (hors de la téléphonie) ou qui réalisent du contenu ? Que sont devenu les « Small and Medium Enterprise » dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée ? Comment se fait-il qu’après 7 grands programmes cadre nous soyons encore en train de déverser des dizaines de milliards sans savoir avec précision ce que nous voulons financer ? Comment se fait-il que les Etats-Unis arrivent parfaitement à savoir dans quoi il faut investir ? Pourquoi toujours plus d’infrastructures, à croire que tout ce qui n’est pas tangible fait peur aux institutions européennes ?

La compétitivité n’est finalement qu’un grand concept que ces instituions de trop haut niveau ont perdu de vue. Elles ne sont qu’un reflet de plus de nos instances dirigeantes locales. Pendant que le continent américains sait pertinemment bien fabriquer des VmWare, Oracle, Microsoft, Google, Facebook, Twitter, Citrix, HP, Apple, LinkedIn, … et bien d’autres petites startup dans nombre de domaines du numérique nous lançons H2020 qui va adresser tout l’univers européen de la recherche et de l’innovation. Nous constaterons ensuite, dans 7 ans, que nous avons encore raté une occasion de devenir le « big leader ».

Aparté : il faudrait explorer le monde open source pour identifier les lieux de contributions et d’installations des sièges sociaux des initiatives qui ont donné lieu à la création d’entreprises comme RedHat, WordPress, Xen, Firefox, Thunderbird, Wikipedia, PostgreSQL, LibreOffice, … et la liste est longue. Je ne serais pas surpris que l’Europe soit massivement contributrice et dramatiquement absente des lieux d’implantations de la dimension économique !

N’est il pas temps que de vrais spécialistes, experts, passionnés vous conseillent mesdames et messieurs de la commission européenne ? Sachez que le numérique c’est aussi beaucoup d’intangible et de valeur ajoutée purement intellectuelle. Arrêtez de déverser l’argent du contribuable dans des infrastructures que nos compétiteurs internationaux se font ensuite une joie d’exploiter au détriment des entreprises innovantes européennes. Cesser de nous laisser dépouiller et fonder donc les bases d’une vrai politique d’investissement dans des fondamentaux européens, contrôlés et orchestrés par et pour l’Europe. Cessez les comités Théodule qui s’auto alimentent grâce à des dossiers de dépôts de projets onéreux pour ceux qui les constituent et tout à fait gratifiant pour ceux qui les dépouillent. Mettez donc en place de véritables commissions entièrement dédiées à la détection et à l’aide des quelques pépites dont dispose l’Europe, à l’évaluation des programmes de recherches existants ou à l’accompagnement des ETI déjà en place afin de les aider et de les développer pour en faire des champions à minima en Europe. Refondez la recherche, à minima dans les TIC, non pas pour rétablir la compétitivité mais pour rétablir notre indépendance, la première étant forcément une conséquence de la seconde !

Je ne milite pas du tout en faveur d’une forme d’isolationnisme européen contrairement à ce que d’aucun pourrait conclure. Le fait est que, dans notre monde, l’égalité se négocie et définie les possibilités de partenariats ! L’égalité devrait être un principe, et le fait de vouloir construire un monde respectueux de tous reste un bel idéal vers lequel il faut tendre mais nous n’en sommes pas là. Sans égalité pas de respect et donc impossibilité de mettre en place des modèles de partages. L’Europe est en situation d’infériorité crasse dans les TIC, elle n’a donc aucune marge de manœuvre et ne pourra que subir le dictat des autres grandes puissances. Pourquoi n’y a-t-il pas dans H2020 de volet dédié aux Fab Lab (http://www.fablabinternational.org/) qui proposent un ensemble de véritables révolutions auxquelles il faudrait donner plus de poids ? Est-il si difficile de s’intéresser au concept de « Cantine numérique » qui est en train de naitre un peu partout (http://reseaudescantines.org/), qui démocratise le numérique et qui servirait de relais pour l’éducation aux TIC ? Pourquoi ne pas poser des priorités en matière de thématiques de recherche en s’appuyant sur un état des lieux industriel, en exploitant les FP6 et FP7, en affichant clairement une volonté à reprendre la main sur les technologies fondatrices ? Enfin, pourquoi ne pas trouver dans le CAF des représentant du monde du logiciel, des éditeurs et des intégrateurs de logiciels ?

En clair pourquoi dilapider 70 milliards d’euros dans un « machin » administratif et tentaculaire qui va encore absorber des montagnes d’énergie alors que nous pourrions faire preuve d’humilité en exploitant déjà ce que nous avons entre les mains aujourd’hui ? Pensée dominante, conformisme et alignement sur des modèles dogmatiques, voilà bien les fermants de l’échec surtout dans les TIC !

Pourquoi s’indigner ?

Nous assistons, dernièrement, à un réveil des gouvernements européens après quelques décennies de léthargie concernant les technologies du numérique. Ils poussent des cris d’orfraies parce qu’ils constatent (ou font mine de s’apercevoir) qu’il n’y a plus de maitrise des technologies du numérique en Europe. Ce n’est pourtant pas nouveau et ce n’est pas faute d’avoir tenté d’influencer les politiques locales et européennes durant cette même période quant aux orientations des investissements qui n’allaient toujours pas vers le soutient de certaines technologies de base ou l’acquisition de compétences et savoirs faire incluant la formation et la valorisation des acquis techniques.

Force est de constater que tout ce qui constitue les soubassements du SAAS, du Cloud, de la mobilité, du web 2.0 ou 3.0, des algorithmes complexes, de l’embarqué et de manière générale de la technosphère du numérique, provient à quasi 100% de technologies Américaines ou Asiatiques. Personne ne s’en plaint après tout, car les logiciels et matériels fournis par des sociétés comme Microsoft, Google, Oracle, HP, Sony, Samsung et tous les autres géants du numérique nous rendent des services quotidiens et facilitent notre vie de tous les jours. Je n’oublie pas, bien évidemment, le monde de l’open source qui alimente et alimentera encore longtemps nombre de sociétés pour produire des solutions innovantes dans tous les domaines. J’insiste, je fais référence ici aux technologies mise en œuvre pour réaliser des applications, des systèmes, des médias et non le résultat de ces mises en œuvre. Nous comptons, en effet, nombre d’entreprises innovantes en Europe qui ont su tirer parti de manière très avantageuse de ces briques élémentaires, là n’est donc pas mon propos.

Mais, concentré que nous sommes, sur l’emploi de la technologie, n’avons-nous pas raté le coche en abandonnant notre « indépendance » ? Je me permets donc ici de faire certains constats.

En premier lieu l’Europe est mal préparée par ses élites dirigeantes aux (r)évolutions du numérique. Il suffit pour s’en convaincre d’observer certains sites officiels qui n’offrent jamais la possibilité au dialogue et aux questions ouvertes trop enfermés dans un affichage clos publiant le résultat d’une réflexion réservée à certaines personnes uniquement. Ou encore constater comment tous les débats de sociétés sont organisés, loin de la blogosphère et du participatif ouvert des nouveaux espaces de communications. J’ose affirmer que nous sommes de grands naïfs qui n’avons pas pris la mesure de ce que représente la marche en avant du tout numérique. Engoncés dans des postures dépassées et des analyses incomplètes, nos institutions ont tout bonnement oublié de changer de siècle. Quelle surprise, en effet, que de constater que nos échanges sont espionnés tous azimut, n’est-ce pas ? Mais qui s’est vraiment demandé comment marche le web, par ou passent les flux de données, ce que deviennent toutes ces informations que nous déposons joyeusement sur Amazon, Google, Facebook, Twitter ? Trop heureux d’utiliser toutes ces « facilités » mises à notre service nous avons simplement ignoré (volontairement ?) que la dépendance technologique totale à un coup et que nous n’avons pas valorisé et préservé notre capacité à faire autrement, à faire jouer la concurrence qui passe par la maitrise des technologies de base. Je me souviens avoir assisté à Lyon au lancement du 7ième PCRD et avoir vu et écouté Viviane Reding répéter à l’envie que la priorité était la valorisation. Constater que c’est à nouveau la priorité d’Horizon 2020 me laisse quelque peu dubitatif. Allons-nous encore attendre 7 années et dépenser encore des milliards d’euros (79 milliards pour être précis, voir http://www.horizon2020.gouv.fr/) avant de constater à nouveau que nous passons à côté de l’essentiel ? J’ai personnellement essayé de proposer des projets aux diverses commissions et enquêtes préalables au lancement du programme Horizon 2020. Je suis même allé jusqu’à présenter, avec un manque d’humilité évidente, ma candidature, pour les différents comités qui vont arbitrer les projets avenirs. Quelle outrecuidance de ma part que de croire que les règles avaient bougé et que j’avais la moindre chance de faire entendre mon tout petit point de vue ! Comment ais je pu imaginer pouvoir apporter la vision d’un simple professionnel du numérique dans ce monde finalement « virtualisé » qu’est la communauté européenne ?

Comme je l’écris ci-dessus l’Europe a tout simplement oublié d’investir dans les technologies « basiques » mais incontournables du numérique. Le numérique ce n’est pas magique contrairement aux apparences et aux croyances ! Clin d’œil mis à part, nous ne maitrisons plus rien dans le hardware et dans le software. Dans une réunion récente à laquelle j’assistais mon interlocuteur me disait « mais tu ne vas pas tout réinventer tout de même ». Cette affirmation suppose déjà que nous n’avons plus rien à inventer dans les technologies de base. Il est évident pour tout le monde que nous ne pouvons plus imaginer de langage de 6ième ou 7ième génération. Inutile de chercher à mettre au point des techniques de virtualisation différentes et plus performantes. Pourquoi aller concevoir de nouveaux processeurs utilisant de nouveaux alliages, de nouvelles logiques autres que binaires ? Il est forcément inutile de vouloir révolutionner les systèmes d’exploitation, ceux que nous utilisons sont conçus pour les 4 prochains siècles. La liste serait trop longue des technologies que nous pourrions challenger en intégrant le monde de la recherche, mais il faut bien comprendre que la capacité de nos « alliés-concurrents » dans ces domaines est désormais incomparablement plus importante et donc bien plus puissante que la nôtre. Devons-nous alors nous étonner de tomber sous le contrôle du Patriot Act ? Vous êtes-vous demandé qui attribue aujourd’hui les URL de nos sites web (vous savez les fameux WWW que tout un chacun ne remarque même plus lorsqu’il accède à son site marchand préféré !!) ou les adresses IP de nos machines, cette même adresse qui rend votre machine unique sur le réseau mondial et vous permet d’y accéder ? Qui est propriétaire des grands standards du numérique comme UML, W3C, CMMI, ITIL, Blu-Ray et j’en passe ? Qui est aujourd’hui propriétaire des deux grands langages que sont Java et C# ? Qui se demande comment fonctionne Google, Facebook ou Twitter ? Nos élites ont-elles vraiment compris ce qu’implique la stratégie Apple en matière de maitrise technologique ? Quel nom de société vous vient à l’esprit en Europe sur les technologies de base, celles qui servent à réaliser toutes les prouesses applicatives et mobiles qui peuplent de plus en plus notre quotidien, celle qui sont enfouies sous la surface, celle qui servent de support ? Je ne suis pas sectaire, je n’ai aucuns soucis à utiliser les technologies disponibles sur le marché d’où qu’elles viennent d’autant qu’elles sont toutes plus performantes les unes que les autres. Mais soyons cohérent et acceptons de ne plus exister sur ce terrain-là sans jouer d’étonnements « maladroits et malvenus » parce que nos « gentils » alliés ont profité de leur supériorité pour préserver leurs intérêts. Sinon agissons pour changer la donne en intégrants les véritables experts, les véritables interlocuteurs dans l’arbitrage des programmes d’investissements ! Lancer un immense programme de câblage en fibre optique de dernière génération de tout le territoire français est indispensable mais n’alimente pas la maitrise des fondamentaux technologiques. Reprendre son bâton de pèlerin pour travailler les théories de la compilation et des langages ou pour investir dans le futur support matériel de la mémoire des ordinateurs, c’est beaucoup moins vendeur politiquement, mais cela nous fait à nouveau progresser sur le chemin de la maitrise de notre destin !

Pour continuer nous pouvons aussi constater que l’Europe est le champion du monde de la promotion des startups et des PME/PMI en tout genre. C’est une excellente chose et tout individu ayant un tant soit peu travailler dans des entreprises de plus grande taille connait les difficultés structurelles de ces dernières à innover et à rompre avec les habitudes et les règles établies. C’est tout à fait compréhensible et étudié depuis de nombreuses décennies. Lorsqu’un groupe comprends des centaines ou des milliers de salariés il est raisonnable et logique de considérer qu’un « minimum » d’ordre s’impose ne serais ce que pour garantir le bon fonctionnement si ce n’est un certain niveau de rentabilité. Nos conventions sociales imposent forcément certains cadres qu’il est possible de bousculer, de chahuter, de perturber mais qu’il est préférable de préserver à minima. Hors donc, cette logique généralisée, amène invariablement les états membres de l’union européennes à forcer le trait sur les petites structures qui sont finalement affublées de toutes les qualités car elles sont plus « agiles, vives, innovantes, en rupture, … » ! Mais lorsque vient le moment de porter plus loin ces « petites » structures pour qu’elles deviennent grandes, ce qui les avait si brillamment aidé, se trouve être ce qui va les pénaliser. C’est alors qu’invariablement le scénario du rachat ou de l’intégration à de « plus » grandes entreprises fini par pointer le bout de son nez. Heureux celui qui se fait « absorber » par une société non européenne comme c’est le cas souvent dans le monde du numérique. Est-ce que la délocalisation sera au rendez-vous ? Ou alors l’absorption des compétences techniques tout en conservant un site commerciale en Europe sera préférée ? Ou enfin la poursuite de la croissance ? Je laisse chacun amener sa vision mais l’histoire récente est plutôt une illustration des 2 premiers scénarios ! Est-ce que ce constat pousse nos institutions à « protéger » ces pépites exceptionnelles que nous avons tous aidé à construire et qui ont été favorisées par tellement d’aides et d’écoutes publiques ? Certainement pas !

Enfin quand va-t-on arrêter de chercher la poule aux œufs d’or, le porteur messianique de LA REVOLUTION de rupture qui va tout changer, la startup idyllique capable de chambouler le marché mondiale ? Contrairement aux idées reçues, les innovations de ruptures ne sont pas si nombreuses que l’on veut bien le croire ou le dire. Les « grands soirs » sont quasiment inexistants. C’est dans la continuité et le long terme que les changements s’inscrivent durablement ne serais ce que par l’entremise d’un facteur extrêmement simple : la capacité de l’humain à absorber les innovations, à les intégrer dans le quotidien, à les inscrire dans les usages. Par conséquent, les investissements dans la Recherche avec un grand R sont une excellente chose mais lorsque cela devient systématique, récurrent, sans réel contrôle des retombées, sans véritable validation de la péréquation avec les besoins, cela ressemble fort à … des fonds perdus (en tout ou partie). Je ne veux pas lancer de controverse sur les vertus ou les déficiences de la recherche car c’est un véritable débat de fond dont je n’ai pas la prétention de détenir les clés. Je constate seulement que les formalités de constitution des dossiers de subventions en tout genre sont pensés pour des individus et organisations ayant manifestement le temps de structurer des « bottins » documentaires à forte teneur théorique. Ce terme est la clé de tout le dispositif, continuer à travailler dans de l’hypothétique, du high level, des domaines encore non couverts par des solutions. La dimension exécution, pragmatisme, avancement de projet, objectifs factuels et mesurables ne font pas partie de ces dossiers et de ces démarches. Nous avons abandonné le terrain aux « autres », à nos alliés, nos partenaires. Pourquoi n’y a-t-il pas de programme pour doter l’Europe du GNL (Global Network Lattice) autorité de recommandation concurrente du W3C, de mise au point de Nelie (Native Encoding Langage and Intelligence Expression) concurrent de Java et C#, de développement de MCE (Meta Cradle Environement) concurrent de VmWare, de définition de RIMMS (Real Interacting Man Machine System) concurrent de Windows ! Les sujets terre à terre ne sont pas si simple qu’il y parait après tout.

J’ai un respect naturel pour les instances politiques et les dirigeants de nos institutions qui me vient de mon éducation et d’une prise de conscience réelle concernant l’importance de leurs rôles. Mais je me pose désormais une question simple : par qui sont-ils conseillés en matière de numérique ? Pas de politique dans mes propos car cette question est générale et s’adresse à toutes les tendances. Ces conseillés vivent-ils réellement sur la même planète numérique que moi, dans un quotidien qui m’est proche ? Comment est-il possible qu’avec toutes les années qui viennent de s’écouler ils n’aient pas vu le chamboulement qui s’est produit ? Pourquoi n’ont-ils aucuns reflexes portés par le simple bon sens ? Pourquoi ont-ils accepté la situation actuelle ? En clair quant verra t’on nos élites s’entourer de compétences plus élargies et prise dans le vif de notre société civile telle qu’elle existe et tout spécialement dans les domaines du numérique ? Concernant la France, terre de prédilection des « ingénieurs à la française » que beaucoup nous ont envié par la passé (j’insiste, dans le passé !), quand va-t-on voir fleurir des positions non dogmatiques et résolument modernes autour du numérique ? Quand la France va-t-elle mettre de l’ordre dans ce fatras de non décisions en tout genre ! Pourquoi est-ce que en France mes gamins continuent-ils à porter des cartables de 15 kilos ? Pourquoi est-ce que en France je ne peux toujours pas centraliser toutes les informations concernant ma santé ? Pourquoi est-ce que en France je continu à avoir une carte vitale, une carte d’identité, un permis de conduire, un passeport à l’ère du numérique ? Pourquoi est-ce que en France je continu à être identifié avec 18 numéros différents à la sécurité sociale, aux impôts, à la préfecture ? Tous ces chantiers non traités et bien d’autres sont représentatifs de la situation. Que l’on ne vienne pas me dire que nombreux sont les pays ou ces questions ne sont pas traités parce que cela ne m’intéresse pas. En effet, savoir qu’ailleurs ce n’est pas mieux m’indiffère complètement ! Si ailleurs l’absence d’eau courante était la norme, aurais-je envie d’adopter le système français d’adduction d’eau ? La réponse est pour moi évidente ! C’est à mon avis dans ce sens qu’il faut poser la question !

Je n’ai pas la prétention de tout savoir et de tout comprendre. Je commets des erreurs et c’est souvent elles qui me font grandir. J’accepte volontiers, et de plus en plus en vieillissant, les critiques lorsqu’elles sont constructives. Par conséquent si quelqu’un me lit qu’il n’hésite pas à me donner des réponses ou des commentaires s’il en a. J’avoue ne plus comprendre pourquoi nous n’arrivons toujours pas à admettre des réalités simples qui conditionnent notre avenir dans les technologies. Je suis un pur produit de l’éducation française et j’en suis fier. J’ai donc grandi dans cette France qui était celle des grandes innovations dans nombres de domaines dont ceux du numérique. J’ai ensuite côtoyé, pendant ma période de chercheur, cette Europe idéalisée que nos parents voulaient construire. Ou sont passé nos grandes ambitions, nos grands projets porteurs d’avenir ? A force de penser petit ne sommes-nous tout simplement pas en train de le devenir ? N’avons-nous pas intériorisé tout bonnement notre manque de volonté et baissé les bras?

Je continu à y croire et je travaille depuis 25 ans dans des entreprises et des métiers passionnants et porteurs. Je m’insurge au quotidien vis-à-vis de situations que je refuse d’accepter et que je tente de combattre avec mes petits moyens. J’espère seulement que la donne va changer et qu’un réveil va finir par se produire. Que nos dirigeants ne s’y trompent pas, l’Asie n’a pas besoin de nous, et le continent américain (nord et sud) est le voisin direct de l’Asie (au cas où vous l’auriez tout simplement oublié). Trop centré sur notre vision atlantiste, il semblerait que l’Europe à oblitéré la vision qui passe par le pacifique dans les relations internationales ! De là à ce que tous les flux (quels qu’ils soient) finissent par nous échapper il n’y a pas loin ! Qu’est que nous représentons pour le monde ? 470 millions d’individus, un marché saturé en biens et services, un continent vieillissant, un peuple repus qui ne connait ni la faim ni la soif, un ensemble hétérogènes de langues et de cultures que l’Europe s’obstine à ne pas structurer trop obnubilé par la dimension financière et économique, un espace tellement saturé de réglementations en tout genre que je me demande si les autorités elles-mêmes sont désormais capables de s’y retrouver !

C’est aussi cela que nous devons avoir à l’esprit !

Développer : c’est un métier !

Un tout petit post pour signaler 2 initiatives.

Softfluent est une société dont je conseille vivement les solutions. A signaler l’article posté sur le blog de Softfluent sur le rôle du responsable R&D (http://blog.softfluent.fr/2012/02/03/le-rle-du-responsable-rd-chez-les-diteurs-et-son-volution/#respond). Ce métier mérite d’être valorisé surtout en regard des enjeux que représentent les métiers du numérique pour l’avenir.

A noter également le blog « Fier d’être développeur » (http://fierdetredeveloppeur.org/) qui représente une initiative tout à fait louable dont je ne fait ici que rappeler les objectifs :

  • Promouvoir le métier de développeur de logiciels
  • Expliquer la valeur de ce métier alliant rigueur scientifique et force de créativité
  • Communiquer la noblesse du choix de faire carrière en tant que développeur
  • Valoriser l’impact de l’expérience sur l’équation économique des développements logiciels
  • Encourager le respect mutuel entre les développeurs indépendamment des plates-formes et technologies utilisées

Souhaitons que ces initiatives aideront à mettre en valeur les métiers du logiciels.

Principe de simplicité

Le rasoir d’Ockham, connu également sous le nom de principe de simplicité ou principe de parcimonie s’énonce de manière simplifiée comme suit :

« Les entités ne doivent pas être multipliées par delà ce qui est nécessaire » (Guillaume d’Ockham – moine franciscain au XIVe siècle, http://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_d’Ockham).

Dans la pratique cela consiste à ne pas utiliser de nouvelles hypothèses tant que celles déjà énoncées suffisent et utiliser à fond les hypothèses qu’on a déjà faites avant d’introduire de nouvelles hypothèses. Ceci paraitra d’une grande banalité mais force est de constater que dans de nombreux processus et méthodologies qui sont préconisées aujourd’hui, ce simple principe semble être en passe de tomber dans l’oubli.

Nous avons tous expérimenté les joies et les désillusions de toutes les méthodes qui devaient nous permettre de développer sans développer, de sortir nos produits sans rien faire, d’innover sans réfléchir, etc … J’avoue que j’exagère grandement car toutes les méthodologies, en particulier agiles, ont apporté leurs lots d’améliorations qui ont forcément laissées des traces dans nos organisations et dans l’esprit des individus. Le bilan est donc globalement positif mais très loin du « miroir aux alouettes » qui est continuellement martelé un peu partout.

La simplicité est donc à nouveau à l’ordre du jour dans un monde ou la réduction des dépenses, l’empreinte écologique, le retour au pragmatisme ont à nouveau la vedette.  Pour cela je vous engage à lire le post suivant http://lagestiondeprojet.com/2009/11/30/simplicite-ou-comment-reprendre-le-controle-de-nos-vies/ qui a le mérite de rappeler quelques éléments simples dans la gestion du quotidien.

Il est temps de reprendre le contrôle de nos équipes et de nos développements plutôt que de les confier à des gurus de SCRUM, XP, TDD ou RAD ! Comment faisions-nous avant pour ceux qui développent depuis plus de 20 ans ? La complexité des nouvelles technologies m’a-t-on opposé dernièrement ? Accroissement de la compétence moyenne des ingénieurs de développement est ma réponse. Ce que nous faisions il y a 20 ans, nous le conceptualisons différemment aujourd’hui et de manière tout aussi efficace pourvu que l’on accorde aux individus la place qui leur revient : celle de l’agilité ultime du cerveau ! Tous ces processus et méthodologies ont laissé croire que le développement logiciel pouvait se passer de compétences, d’implication, de volonté et d’investissements. Ce n’est pas ce que le Agile Manisfesto écrit ou préconise mais c’est ce que les « faiseurs de miracles » ont promu. Le résultat, malheureusement tangible à ce jour, c’est un métier qui n’a pas réussit à trouver l’écoute qu’il mérite. Je fais référence au travail des développeurs et technologues du logiciel qui sont encore vu comme de grands « bricoleurs » mais certainement pas comme des professionnels requérants des compétences très pointues et de plus en plus difficiles à acquérir.

Je fais un constat extrêmement simple : les projets qui réussissent sont réalisés par des équipes petites, soudées, fortement expérimentées et/ou formées ayant des objectifs simples avec un encadrement clair. Je fais un autre constat malheureusement simple lui aussi : tous les projets qui mettent en œuvre les méthodes agiles (ou qui le revendiquent) voient leurs effectifs grossir, les délais et les contenus non respectés, le désengagement s’installer car impliquant des processus déresponsabilisant !

Je terminerais par un exemple de simplicité qui m’a marqué voilà bien des années. C’est un échange qui a eu lieu entre Napoléon (1769 – 1821) et Laplace (1749 – 1827):

  • Napoléon : Monsieur de Laplace, je ne trouve pas, dans votre système mention de Dieu ?
  • Laplace : Sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse.
  • Devant les savants ayant déploré que Laplace fasse l’économie d’une hypothèse qui avait justement « le mérite de tout expliquer », Laplace répondit cette fois-ci à l’Empereur
  • Laplace : Cette hypothèse, Sire, explique en effet tout, mais ne permet de prédire rien. En tant que savant, je me dois de vous fournir des travaux permettant des prédictions