La culture numérique est une réalité

Ce que nous englobons sous l’appellation « culture numérique » couvre un champ très large, qui reste encore sous-estimé voir mésestimé dans bien des domaines qu’il s’agisse de cursus universitaires, de recrutements, de choix d’orientations pour les entreprises, de décisions politiques et institutionnels ou tout simplement de relations sociales. Par exemple informatique, numérique, digital ne signifient pas la même chose et pourtant tous ces termes sont employés souvent indifféremment. Nous sommes donc confrontés à des changements d’ordres épistémologiques et c’est pourquoi le recours à cette expression « culture numérique » mérite que l’on s’y arrête. Que recouvre-t-elle ? En quoi est-elle susceptible de nous intéresser ?

Avant tout il est nécessaire de tordre le cou à une idée reçue : la culture numérique serait d’abord celle des « jeunes ». Il est déjà difficile d’associer les jeunes à un groupe social unique et uniforme quels que soient les critères de choix. De plus le qualificatif « jeune » lui-même est problématique car soumis à des sous-entendus et les travaux de Parson[1] ont montré que les jeunes ne se caractérisent pas aussi simplement, par exemple ils n’ont pas davantage de comportements irresponsables que les adultes. La culture numérique ne saurait donc être celle des jeunes uniquement et c’est d’ailleurs l’une des critiques fondamentales qui peut être opposée à Marc Prensky[2] et sa proposition de « digital natives ».

La notion de culture elle-même doit être définie. Nous adopterons donc celle de la déclaration de l’UNESCO dite de Mexico (1982)[3] qui considère que la culture articule la dimension collective définie comme « l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social » avec la dimension singulière par laquelle l’individu se construit et se comporte. Partant de ce postulat nous pouvons essayer d’établir un ensemble d’éléments qui permettent d’affirmer l’existence d’une « culture numérique » tels que :

  • L’omniprésence des technologies numériques comme un élément de plus en plus déterminant de notre environnement. Nos comportements et nos relations à l’espace, au temps et aux autres s’en trouvent grandement modifiés et c’est en ce sens que la culture numérique n’existe pas autrement que comme notre culture à l’ère du numérique. Elle nous fournit un cadre d’action en grande partie invisible à partir duquel nous élaborons nos actes et construisons nos représentations, nos valeurs et nos attitudes
  • Cette culture numérique n’est pas qu’une question d’apprentissage de techniques ou de savoir-faire, mais relève aussi de l’apprentissage de codes, de méthodes, de représentations, de vocabulaires et d’expressions qui conditionnent qu’un individu se trouve renforcé ou affaibli dans nos sociétés, selon la maîtrise qu’il parvient à en construire. L’appropriation de la « culture numérique » nous engage donc à nous interroger sur le fait d’être confronté à un numérique agi ou un numérique subi
  • Nous pouvons également remarquer qu’une culture participe de la définition du « vivre ensemble » que caractérisent, par exemple, un langage commun ou une identité partagée. Aujourd’hui la « culture numérique » fait partie du cadre collectif d’un numérique qui ne serait pas simplement un ensemble d’outils à notre disposition mais un environnement qui agirait sur nos façons d’être ensemble, notre sociabilité. Cela permettrait à tout un chacun de mieux se définir (ou départir ?) des « communautés » du numérique qui s’imposent dans notre paysage au quotidien
  • Enfin nous nous heurtons à des questions anthropologiques particulières relatives à la mémoire, à la transmission, à l’altérité ou à l’imaginaire. Autant d’éléments qui sont fondamentaux pour toute culture et qui ont été largement transformés par les technologies du numérique

Nous pouvons donc affirmer que cet univers du numérique cache des enjeux de société majeurs et nous amène invariablement à constater que des outils et des connaissances abondantes sont mis entre les mains du plus grand nombre; mais que tous n’ont pas la capacité, l’accès ou la disponibilité pour s’en emparer et à en faire quelque chose. Ce phénomène, loin d’être anecdotique, grève par la même occasion la modernisation de nos entreprises et institutions, pénalise notre compétitivité, rend plus difficile la lutte contre la cybercriminalité, isole encore plus certaines populations.

Il est donc de notre responsabilité collective de considérer cette lame de fond non comme une simple évolution technologique mais comme une transformation radicale de l’ensemble des processus, métiers, modalités d’interactions et institutions et donc à reconnaître une « culture numérique » ! À défaut il faut se demander à quoi s’expose un individu (et par la même une société dans toutes les acceptions de ce terme), lorsqu’il manque de « culture numérique » :

  • Des difficultés avec les codes sociaux et les nouvelles façons d’échanger
  • Des incompréhensions du vocabulaire du numérique; ce qui provoque sans cesse des malentendus et donc des impossibilités d’échanges
  • Une méconnaissance des enjeux du numérique par exemple pour l’emploi, la formation, les orientations stratégiques et l’octroi des aides publiques
  • Un décrochage des compétences au sens des savoir-faire et des capacités techniques pour par exemple protéger son identité, éviter les pièges des cybercriminels, participer à des formations en ligne
  • De manière encore plus radicale cela expose à des formes d’exclusions économiques, sociales, culturelles, participatives, informationnelles

Un manque de culture, plus spécifiquement numérique dans notre cas, met donc en difficulté puisque l’individu concerné n’a pas appris à faire et/ou n’a pas compris les enjeux et le degré de maîtrise de tout un entrelacs de savoir-faire et de savoir être.

Cette « culture numérique » nous met par conséquent devant un défi et un chantier d’acculturation immense. En effet, continuer à ignorer ce fait de société, c’est méconnaître les dégâts que provoque l’absence de « culture numérique » sur notre vie de tous les jours. Environnement écologique en grande difficulté, institutions démocratiques menacées, harcèlements de tous ordres incontrôlés, extrémismes en tous genres, inégalités et exclusions de tous types, désinformations et abus multiples facilités.

Pourquoi ne pas créer des « passeports citoyens du numériques » qui constitueraient un vrai grand chantier national d’aide et d’accompagnement dans cet univers qui s’impose désormais à nous tous ? Il en va de la compétitivité et de l’emploi mais également d’un rappel à la devise de la France ! Garantir la liberté de tout un chacun dans un espace ou règne l’égalité en faisant appel non seulement aux pouvoirs publics mais également à la fraternité de tous les sachant pour qu’ils animent au quotidien des espaces d’informations et de transmissions de savoirs de bases utiles pour tous. Ce serait aussi l’occasion de démontrer que nous ne sommes pas un pays complètement ringard et que nous savons faire les choses différemment sans laisser personne sur le bas-côté de la route !

[1] http://classiques.uqac.ca/contemporains/rocher_guy/Talcott_parsons_socio_amer/parsons_socio_amer.pdf

[2] http://www.marcprensky.com/writing/Prensky%20-%20Digital%20Natives,%20Digital%20Immigrants%20-%20Part1.pdf

[3] http://portal.unesco.org/culture/fr/files/12762/11295422481mexico_fr.pdf/mexico_fr.pdf

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Les métriques software

Un support méthodologique pour la compréhension intrinsèque de la qualité des développements objets

Instinctivement, nous pouvons deviner que les « métriques du logiciel » impliquent des chiffres et des mesures des différents aspects du processus de développement logiciel. Si nous nous tournons vers la littérature, nous pouvons trouver plusieurs définitions, qui donnent une interprétation plus ou moins différentes du même terme.

Goodman (1993)[1] définit les métriques logicielles comme « l’application continue de techniques de mesures sur le processus de développement pour fournir des informations de gestion pertinentes et opportunes, ainsi que l’utilisation de techniques pour améliorer ce processus et ses produits ». Le champ est donc vaste mais le but concerne bien l’amélioration de tous les aspects de la réalisation des logiciels.

Grady (1992)[2] souligne pour sa part que les « métriques de logiciels sont utilisées pour mesurer des attributs spécifiques d’un développement logiciel afin de nous aider à prendre de meilleures décisions ». Cette définition met en évidence l’un des problèmes liés aux développements logiciels, le manque d’informations pour prévoir et évaluer les projets.

D’autres auteurs, comme Zuse (1991)[3], font une distinction entre « mesures logicielles » et « métriques logicielles » ! Cela implique que la mesure et la métrique sont des termes plus mathématiquement corrects lors de l’examen de la valeur empirique de différents objets mesurés dans le processus de développement logiciel. En outre, ils constatent qu’une métrique est un critère utilisé pour déterminer la différence ou la distance entre deux entités, par exemple la métrique d’Euclide, qui mesure la distance la plus courte entre deux points.

Parfois, nous trouvons des tentatives de classification des différents types de métriques logiciels. Une telle distinction est faite entre les mesures primitive et celle qui sont calculées. Les métriques primitives sont directement mesurables ou dénombrable, comme le comptage des lignes de code. Les métriques calculées utilisent une sorte de formule mathématique pour obtenir la valeur d’un attribut déterminé.

Pour différentier les mesures qui sont utilisés pour la prise de décision de haut niveau il est fait référence à des « métriques globales ». Cette expression renvoi à des informations sur la taille, le produit, et la qualité du développement qui influent sur la maintenabilité des logiciels. Cette première notion implique qu’il pourrait également y avoir des « métriques locales » ou « métriques de phase », plus liées à des cycles particuliers du développement.

En tout état de cause nous pouvons proposer de synthétiser la métrique software comme :

Une mesure de différents attributs du processus de développement logiciel dans le but d’obtenir des informations utiles et pertinentes pour améliorer l’efficience globale du processus de développement.

Je pense qu’il est important de reconsidérer la place de ces métriques dans nos processus de développement et qu’il faut appliquer les métriques en fonction des différents buts de mesure. Certaines métriques et méthodes de mesure sont plus utiles à une phase spécifique du développement logiciel :

  • Dans les phases préliminaires comme l’analyse des exigences et la conception du système
  • Dans la phase d’implémentation pour capturer le statut réel du projet afin d’en mesurer la progression
  • Dans la phase des tests dans la remontée du nombre de défauts ainsi que la densité de défauts

Il faut appliquer les métriques pertinentes selon les différentes exigences en matière d’objectifs de qualité du produit final. Si on évalue la convivialité du logiciel, par exemple, le degré de satisfaction des clients en termes de facilité d’utilisation est la mesure la plus parlante !

Enfin il faut appliquer les métriques en regard des différents rôles des membres d’une équipe de développement. Les développeurs choisissent des métriques comme l’effort contribué au projet, la durée estimée pour leur tâche, la complexité du module sur lequel ils travaillent, le nombre de lignes de code produit ou la densité de défauts. Le chef de projet mettra l’emphase sur la complexité ou le volume estimé du projet afin de planifier les tâches, les dates et l’effort global prévus. Le management de l’entreprise s’intéresse plutôt aux métriques incluant la valeur commerciale du produit final en fonction de l’investissement avant le projet, le degré de satisfaction des clients, la comparaison entre le temps prévu et le budget disponible et les valeurs obtenues au cours de la construction.

Le sujet est approfondi dans un document que vous pouvez télécharger.


[1] Goodman, P., « Practical implementation of software metrics”, 1993, McGraw-Hill publication

[2] Grady, R.B., « Practical software metrics for project management and process improvement », 1992, Prentice Hall

[3] Zuse, H., « Software complexity – measures and methods », 1991, Walter de Gruyter & Co

Agilité : Mythe ou Réalité

1.  Les Modèles de Développement Logiciels

L’utilisation d’une méthodologie a normalement pour but d’assurer qu’une approche consistante et reproductible soit appliquée à un projet. Pour de nombreuses entreprises l’adoption de méthodologies n’a pas toujours donné les résultats espérés. La principale critique des méthodes « traditionnelles » c’est qu’elles sont trop lourdes pour faire face aux développements de nouvelles activités.

Les méthodologies dites « agiles » s’appuient sur deux concepts clairs :

  • Produire du code rapidement
  • Travailler en équipe dans un esprit de « goodwill ». C’est ici l’acception classique du terme qu’il faut voir, c’est-à-dire la création d’un « fond de commerce » commun au travers du travail de toute une équipe qui vise des perspectives de retours sur investissements collectifs

1.1.       Les Approches Traditionnelles

Le développement logiciel décrit les étapes qui consistent à concevoir, analyser, créer, implémenter et tester un agrégat de code dont la finalité consiste à remplir une mission. Un cycle de vie ou modèle de processus représente alors le modèle de planification des étapes de réalisation. Les cycles de vie sont à la source de la création de la plupart des produits logiciels existants à ce jour.

Si les cycles de vie se proposent de gérer et de séquencer un ensemble de taches les méthodologies revendiquent l’intégration d’outils de modélisation et de techniques ayant pour objectif de focaliser sur le contenu informationnel. L’idée sous-jacente attachée à l’utilisation d’une méthodologie consiste à réduire les risques et à défendre trois points essentiels :

  • Fournir un produit fini de meilleure qualité
  • Intégrer un meilleur processus de développement
  • Standardiser les processus

Les principales critiques des méthodes « traditionnelles » concernent l’incapacité à faire face au « time to market », à réduire les temps de développements, à réduire les couts de production, à changer rapidement pour s’adapter dans un marché qui bouge vite. Les arguments militants contre les méthodologies « lourdes » sont :

  • L’incapacité à définir exactement ce qu’est une méthodologie, fait surprenant au demeurant puisque l’objectif des méthodologies est la précision
  • Le déplacement de l’objectif. Le temps est plus utilisé à adhérer et à définir les points clés de la méthode qu’a produire le logiciel
  • L’incapacité à reconnaitre que les méthodologies ne peuvent s’appliquer de manière universelle
  • L’incapacité à intégrer des facteurs sociologique de succès comme la créativité, l’implication et la capacité à transgresser les « règles » canoniques
  • Le manque de flexibilité face au dogme

1.2.       Les Approches Agiles

Les méthodologies agiles ont pour objectif de supprimer l’inefficacité, la bureaucratie et tout ce qui n’a aucune valeur ajoutée pour le produit. Les principales valeurs de cette approche sont synthétisées dans le « manifeste des techniques agiles » (http://agilemanifesto.org/) :

  • Compter sur les interactions entre individus pour faciliter le partage d’informations, les changements rapides de processus lorsque nécessaire et réduire au maximum la documentation (paperasserie)
  • Utiliser dés que possible des parties de logiciels opérationnels pour avoir rapidement des résultats mesurables et des retours d’expériences
  • Mettre les clients dans la boucle en considérant que les clients (interne et externe), les utilisateurs et les développeurs sont dans la même équipe. Ceci à pour bénéfice de fusionner leurs expériences et expertises pour s’adapter rapidement aux changements de directions et fournir un résultat final bien plus adapté aux demandes du marché
  • Il est plus important de se concentrer sur les changements de réalités que sur des plans dépassés. Il n’y a donc pas de planning (au sens strict et pluri-mensuel du terme) puisque la planification est par définition dépassée dés qu’elle est finalisée

Cette approche à donc donnée naissance à quatre attributs clés :

  • Itératif : un projet doit avoir de nombreuses itérations
  • Incrémental : un projet n’est jamais livré en un seul morceau mais est constitué de couches successives
  • Auto-organisé : les équipes sont responsables pour déterminer le meilleur moyen pour aboutir à leurs fins
  • « Emergente » : les processus, les principes de pilotage et les structures organisationnelles émergent durant la vie du projet

Toutefois les approches agiles ont montré leurs limitations dont :

  • Une capacité très réduite à gérer des équipes distribuées (multisites)
  • De grosses difficultés à intégrer des individus temporairement (CDD, sous-traitants, intérimaires), éléments allogènes à l’équipe en place. Ce facteur est particulièrement critique puisque, à la base des méthodes agiles, l’équipe est réduite et, par construction, experte
  • Grandes difficultés à construire des composants logiciels réutilisables comme des librairies ou des référentiels sans entrevoir la nécessité de phase importante de refactoring
  • Difficulté non surmontée à gérer des équipes de plus de 10 personnes
  • Incapacité à produire des applications à très grande diffusion
  • Grandes difficulté à produire des logiciels à longue durée de vie impliquant un support et de la maintenance sur de longues périodes (plusieurs années)
  • Inadaptation au re-développement d’applicatifs vieillissants
  • Très mauvaise capacité à documenter le développement

Même si la tendance actuelle tente de démontrer que ces limitations peuvent être contournées par un bon management et des équipes expertes et soudées, rien n’a réussi à ce jour à éviter les dérives ci-dessus mentionnées.

2.  Le Bon Équilibre ?

Il apparait donc que les deux approches présentent des failles conceptuelles et contextuelles qui, si elles ne sont pas gérées, conduisent à des difficultés majeures. Le grand challenge consiste probablement à trouver un système équilibré qui puisse tirer avantage des deux théories de manière à compenser les faiblesses réciproques.

La solution se trouve certainement et de manière intuitive aussi bien que démontrée par de nombreuses analyses, dans les organisations hybrides qui appliquent l’une ou l’autre approche avec plus ou moins de profondeur en fonction de 5 critères :

  • La taille de l’équipe, du projet. Cette dimension est fortement influencée par le nombre de clients, la durée de vie du produit, la couverture fonctionnelle et donc métier
  • La criticité du projet
  • Le dynamisme de l’équipe
  • Les compétences en présence
  • La culture de l’entreprise de manière générale

Boehm et Turner (2004) ont rassemblé ces 5 dimensions dans la rosasse ci-après et nous constatons comment un projet de développement peut être positionné dans un mode agile ou traditionnel.

Pour ce qui est du choix d’une méthode il est alors question de gestion du risque qui est classé en trois catégories :

  • Environnemental : qui résulte de l’environnement général du projet
  • Agile : qui résulte de l’utilisation d’une approche agile
  • Traditionnel : qui résulte de l’utilisation d’une approche traditionnelle

Catégorie de risques

Nom du risque

Description du risque

Environnemental

Technologie

Incertitude technologique

Coordination

Beaucoup d’intervenant à coordonner

Complexité

Système complexe

Agile

Taille

Difficulté à adapter la taille des équipes et/ou la criticité

YAGNI

(You Are Not Going to Need It)

Utilisation de conception simple ou YAGNI

Compétence

Pas suffisamment de personnes formées et expérimentées

Brassage

Trop de turnover dans les équipes

Traditionnel

Changement

Changements d’orientations trop rapides

Vitesse

Besoin de résultat rapidement

Emergence

Possibilité d’émergence en cours de route de besoins non spécifiés initialement

Compétence

Pas ou peu de compétence en pilotage et planification

3.  Conclusion

Les observations menées à travers le monde montrent que les méthodes agiles ou « disciplinées » (traditionnelles) ont, quoi qu’on en dise, la même finalité : satisfaire les attentes des clients dans des coûts et des délais appropriés. De même aucune des approches n’est infaillible et il faut être en capacité de mixer les deux pour tirer partie de leurs forces respectives tout en abolissant leurs faiblesses. La plus grande difficulté consiste alors à supprimer au sein d’une organisation (ou entreprise) les barrières suivantes :

  • Les processus de développement qui doivent relever du bon sens et non du dogme
  • Les processus business qui doivent intégrer forces et faiblesses de l’une ou l’autre approche pour peu que l’information soit clairement établie et diffusée. Ceci concerne la disponibilité des moyens, la fixation des objectifs de ventes, les possibilités de croissances, etc …
  • Les processus internes autres qui doivent intégrer une plus ou moins grande flexibilité. Il est totalement illusoire de vouloir adopter une approche agile dans une société très hiérarchisée et très bureaucratique par exemple
  • Les conflits entre individus qui doivent être gérés dans le contexte posé par l’approche de développement choisie. En effet, méthodes agiles ou traditionnelles induisent l’acceptation de règles du jeu différentes
  • L’explicitation de ces règles du jeu aux membres de l’équipe pour qu’elles soient comprises et acceptées. Il faut avoir en tête que les formes de créativités, d’initiatives, de contrôles, de relation avec les clients et de réalisation du travail de manière globale sont fortement influencés par la méthode mise en place
  • L’acceptation de la diversité des méthodes au sein d’une même organisation avec, encore une fois, l’obligation pratique de clarification des règles d’interactions entre les deux modèles lorsqu’ils doivent coexister

4.  Références

1) Galal H. Edeen, A.E. Riad and M. Seyam, « Agility versus Discipline : Toward a Middle Ground », Proceedings of the 37th International Conference on Computers and Industrial Engineering, October 20-23 2007, Alexandria, Egypt

2) Philip Bradley Website (Phil Bradley est un spécialiste de l’information mondialement reconnu dans le monde de la publication électronique depuis 20 ans. Il enseigne dans des domaines comme les moteurs de recherche ou les conséquences de l’internet. Enfin c’est l’un des rares « Microsoft Search Champions » dans les TIC)

3) Alex Iskold, « The Future of Software Development », ReadWriteWeb, October 16, 2007

4) B. Boehm et R. Truner, « Balancing Agility And Discipline : A Guide For The Perplexed », Addison-Wesley, Boston

5) Robert A. Small, « Where is The Discipline in Disciplined Agility ?  », Systems and Software Consortium Presentation, April 2007, www.systemsandsoftware.org

6) Jim Highsmith, « What Is Agile Software Development ?  », Cutter Consortium, The Journal of Defense Software Engineering, October 2002

Berger-Levrault ouvre les portes de ses travaux technologiques

Un post très court pour signaler l’initiative de la société Berger-Levrault qui vient d’ouvrir son blog interne, dénommé le technBLog, sur le monde extérieur. Ce blog aura vocation à partager avec qui veut, les pistes et explorations de cette entreprise dans le monde des technologies du numérique.

Vous pouvez l’accéder ici https://technoblog.berger-levrault.fr.

 

Vous avez dit innovation !

Horizon 2020 m’a donné l’envie de continuer mon tour de piste sur les initiatives « institutionnelles » concernant l’innovation. C’est pourquoi je me suis intéressé tout particulièrement à 3 sites/documents issues de demandes du gouvernement français ou de la commission européenne.

Je vous engage en tout premier lieu à visiter le site suivant http://www.horizon2020.gouv.fr/cid72762/les-technologies-cles-generiques-ket-dans-horizon-2020.html. Cet article traite des KET (Key Enabling Technologies) recensées par la commission européenne. Elles sont au nombre de six :

  • Nanotechnologies
  • Micro et Nanoélectronique
  • Biotechnologie
  • Photonique
  • Matériaux avancés
  • Systèmes de production/fabrication avancés pour la réalisation de composants à la pointe de la technologie, associant une ou plusieurs KET

Je pense que cette liste en dit suffisamment long sur la place des TIC dans la vision de la commission européenne !

L’honneur est sauf puisque la documentation française met à disposition le document suivant http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/114000139/0000.pdf sur les technologies clés 2015-2020 préfacé par notre ancien ministre Eric Besson. Saluons donc cet effort de reconnaissance dès la page 59 de grands domaines des TIC qu’il faudrait développer. Bien évidemment un document à lire avec attention.

Enfin, j’attire l’attention de tout un chacun sur le rapport Beylat-Tambourin daté d’avril 2013 (http://www.redressement-productif.gouv.fr/files/rapport_beylat-tambourin.pdf), commandé par le gouvernement français. Le passage suivant est particulièrement édifiant :

« Ainsi, au niveau européen, la France est identifiée dans le dernier tableau de bord de l’innovation de l’Union Européenne (2013) comme appartenant au groupe des « pays suiveurs », en décrochage par rapport au groupe des pays leaders (Allemagne, Danemark, Suède, Finlande). La période 2008-2012 fait apparaître une diminution de la « performance de croissance » alors que des pays suiveurs comme les Pays-Bas ou la Grande-Bretagne ont connu une amélioration de leur performance. Ce décalage entre effort en faveur de la R&D et performance en matière d’innovation traduit le problème à résoudre.

Il faut pour cela changer radicalement notre mode de penser l’innovation et les politiques qui en découlent : passer d’une vision où la dépense de R&D est la principale préoccupation, à une vision systémique axée sur les résultats en termes de croissance et de compétitivité ».

A noter que ce rapport est l’un des rares qui fait le lien entre enseignement (dès le secondaire) et innovation/compétitivité.

Les délocalisations dans les TIC

J’ai été récemment interpelé par la problématique des délocalisations. Bien que n’étant pas un expert en la matière, je crois qu’il faut essayer de comprendre que les délocalisations répondent à des démarches complexes dont il faut maitriser les ressorts pour mieux les contrer ou les accompagner. Elles sont le fruit de beaucoup d’influences, de contraintes ou d’opportunités comme par exemple (liste non exhaustive) :

  • La volonté de s’implanter localement en procédant à la localisation de tout ou partie de certaines activités (donc une délocalisation) dans le pays destination
  • La nécessité de trouver des compétences ou des ressources en grand nombre surtout lorsque le pays d’origine subit des manques dans les filières de formations ou un vieillissement important des populations
  • Les accords de partenariats qui s’accompagnent parfois de contreparties, dont des « localisations », nécessaires au bon déroulement des échanges
  • L’incompréhension des dirigeants concernant les conséquences des délocalisations y compris pour leur propre entreprise en matière de protection, voire de récupération des biens, inventions et revenus produits localement
  • L’inaction des consommateurs, il ne faut pas l’oublier ! En effet, notre manque de « discernement ou de sensibilité » concernant l’origine de production ainsi que notre particulière focalisation sur le prix n’aide pas à limiter les délocalisations
  • La cupidité qui, dans nombres de cas, conduit à vouloir toujours gagner plus au détriment de normes sanitaires, sociales ou juridiques jugées inappropriées

Ce qui est d’autant plus perturbant depuis quelques années c’est notre incapacité notoire à proposer des solutions viables à ce problème ! L’initiative de Mr Montebourg de promouvoir le Made in France est excellente et met en avant la qualité et l’innovation mais elle montre bien la limite du procédé car en fait les questions fondamentales qui se posent sont : sommes-nous encore en capacité de produire localement pour encrer des entreprises en France et en Europe ? Sommes-nous encore en capacité d’innover réellement en France ? Sommes-nous, simplement, capable de valoriser l’innovation ? Lorsqu’il est question de nouvelles technologies et de nouveaux procédés par exemple, ou sont nos savoirs faires et nos compétences capables de relayer cette volonté du MIF (Made In France) ? Sommes-nous capables de nous débarrasser de débats complètement dépassés sur la place de la langue française ou la « surprotection » des données personnels ? Il faut bien admettre que au-delà de la désindustrialisation, nous avons aussi détruit le tissu même de ce qui permet aux entreprises de production de réaliser leur travail il me semble et les exemples sont nombreux de dysfonctionnements récents. Tel constructeur automobile incapable de produire par manque d’une tête d’injection de diesel, tel autre fabricant de machines non approvisionné en microprocesseurs ou telle société du numérique innovante se délocalisant à Shanghai parce qu’inondée par l’administratif et ne rencontrant que des investisseurs frileux. Au passage, le pire est d’ailleurs probablement à venir lorsque certains pays détenteurs de ces capacités de réalisations estimeront (ou estiment déjà ?) que l’Europe n’est plus prioritaire et qu’ils doivent se concentrer sur leur propre sort ! Pour limiter les délocalisations, que faisons-nous concrètement pour rétablir ce tissu à l’échelle nationale, pour retrouver la véritable « compétitivité » qui est faite de bien plus que la simple baisse des couts du travail ?

Pour ne citer qu’un seul domaine industriel je me limite au monde du numérique et je fais les constats que :

  • Nous ne formons plus les individus de manière appropriées aux technologies du numérique, manque de qualité et de pertinence
  • Nous ne formons plus suffisamment d’individus, manque quantitatif
  • Nous ne maitrisons absolument plus rien quant aux technologies de bases que ce soit dans le logiciel ou dans le matériel, manque total d’autonomie
  • Nous n’avons aucun grand champion de taille mondiale capable de résister à ses concurrents, manque de puissance
  • Nous dilapidons la manne public encore et toujours dans du saupoudrage technocratique et en confiant le contrôle toujours et encore aux même individus, manque de discernement
  • Nous ne mettons rien en place capable de changer complètement et dans la durée la donne, manque de renouvellement

Comment alors lutter contre les délocalisations des entreprises high-tech, pour rester dans mon exemple, lorsque ces dernières n’arrivent même pas à recruter localement pour produire ? Pour freiner les délocalisations il me semble donc qu’il soit nécessaire de prendre des initiatives à divers niveaux pour agir dans la durée :

  • A très court terme, imposer des mesures qui rééquilibrent le dumping social généralisé. J’adore le Roquefort et les bons vins, mais je doute que nous retrouvions la voix du progrès et la maitrise de notre destin en sacrifiant nos protections « légitimes » sur l’ensemble de nos filières au profit de quelques productions locales, fussent-elles d’exceptions
  • A très court terme rappeler que ce qui n’est pas produit en France, entraine invariablement des emplois non pourvus en France. Je suis estomaqué de constater comment les individus qui m’entourent se sont rués sur Free par exemple. Aucune critique de Free qui propose un service bien moins couteux, appréciable et qui met en œuvre les moyens de sa compétitivité sur un marché très concurrentiel. Par contre, considérer que les opérateurs de téléphonie se sont « gavés » sur notre dos est un point de vue, entendre que les opérateurs « historiques » vont licencier en est une autre ! Alors ou est le bon choix ? Peux être que si les politiques avaient fait leur travail, les tarifs des opérateurs auraient pu être « dénoncés » par la voie légale, évitant par la même un nième intervenant qui a localisé ses centres de support à l’étranger ? Ce type de comportement est fréquent et tout à fait compréhensible. Les responsables, in fine, ce sont les consommateurs et nous sommes donc tous co-acteurs de l’apparition du chômeur de plus qui croise notre route désormais tous les jours ! Produire Français (européen) ne suffit pas, il faut aussi acheter local (CQFD !) et s’en donner les moyens
  • A moyen terme en réorientant tout l’argent dépensés en grande partie en pure perte par des « plans d’investissements d’avenirs » (35 milliards) ou « Horizon 2020 » (70 milliards). Je soutiens le fait qu’il faut redynamiser nos entreprises si nous voulons qu’elles restent en Europe. Ce n’est pas un ensemble de mesures spectaculaires et finalement inutiles qui vont les faire croitre et prospérer, ce qui est particulièrement vrai pour les entreprises innovantes. Ce sont des mesures ciblées et mesurées, qui ne passent pas par les rouages d’une administration tentaculaire incapable de viser quoi que ce soit si ce n’est elle-même !
  • A moyen terme il serait également souhaitable de revoir toute la législation sur la création des entreprises ainsi que le contrôle des aides en tout genre qu’elles reçoivent. Poser des conditions non négociables quant à l’octroi de ces aides est-il si difficile ? En contrepartie, pousser des aides conséquentes est-il également si compliqué ? La difficulté réside dans la capacité à choisir, ce que nous sommes devenus incapables de faire !
  • A long terme revoir l’enseignement de fond en comble. Je sais, évoquer une énième réforme du système éducatif, c’est le sujet tarte à la crème ! Mais je ne propose pas de réformer l’éducation, je propose de la recréer de A jusqu’à Z en retrouvant le bon sens, le sens commun tout simplement en remettant chacun à sa place, parents, enfants et enseignants. Retrouver les filières d’éducations techniques, retrouver les fondamentaux de l’apprentissage, installer enfin le numérique à l’école (et pas à travers un 78ième plan étatique type MO5 ou autre pour ceux qui se souviennent) et surtout arrêter avec cette vision misérabiliste de l’éducation nationale ! Pensez aussi à des enseignements laissant leurs places à des modèles comme ceux des écoles de la seconde chance (http://www.fondatione2c.org/srt/e2c/home). Je sais que le monde du numérique à beaucoup évolué mais je ne peux pas m’empêcher de me souvenir comment beaucoup d’entre nous avons appris ! Tout individu, même en rupture par rapport au système, peut développer du logiciel grâce au monde open source. La démocratisation de cette discipline doit nous pousser à concevoir des enseignements différents tirant avantage des new tech !

Bref il faudrait travailler des années entières pour aborder le sujet des délocalisations car ce n’est malheureusement pas un sujet simple. La compétitivité de la France ne viendra pas de crédits d’impôts sans fondements, ou de mesure dévalorisant le travail sous prétexte que notre modèle sociale coute trop cher. La compétitivité ne se décrète pas elle s’organise de manière méthodique et dans la durée avec de véritables experts issues de la société civil capables de relayer les réalités de notre vie de tous les jours.

Un point qui me parait essentiel enfin et qui choquera surement beaucoup de personne. Je crois, au plus profond de moi, que désormais la France doit sortir du consensus permanent et mou qui l’habite depuis trop longtemps. Au point où nous en sommes, il n’y a plus aucune décision qui soit sans effet négatif. A force d’avoir retardé ou différé les évolutions de notre société, nous avons fini par produire une situation dans laquelle chaque changement aura un impact ! J’affirme qu’il faut désormais du courage et appliquer des règles simples pour avancer :

  • Faire preuve de bon sens
  • Jeter les dogmes à la poubelle
  • Cibler les priorités
  • Arrêter de croire que ce qui s’applique ailleurs ne nous est pas adapté car nous pouvons aussi largement nous inspirer de ce que les autres font ou ont fait !
  • Appliquer des mesures même impopulaires
  • Gérer toutes les évolutions sociétales en mode projet en vérifiant les outputs
  • Accepter l’erreur et en tirer avantage
  • Ne pas hésiter à revenir en arrière grâce à des pratiques de benchmarks ou de tests localisés et limités mais qui ne durent pas 100 ans !
  • Pousser nos politiques à adopter des discourt clairs, sans langue de bois. Qu’ils s’adressent à nous dans un Français intelligible et courageux !

Avancer c’est choisir et choisir c’est renoncer. Facile à énoncer et aujourd’hui impossible en France. Il faut mettre en œuvre des actions, retrouver le mouvement et adapter les évolutions rapidement au fil de l’eau. Pour y parvenir il ne faut plus pâtir de nos lourdeurs, de nos indécisions, de notre absence de manœuvrabilité. Par exemple je suis littéralement atterré par la décision du gouvernement sur l’écotaxe. Indépendamment de tout débat d’idée (ce n’est pas mon propos), c’est une mesure votée et validée depuis des années. Passage de la décision à la mise en œuvre et patatras, le gouvernement s’arrête à la porte de la Bretagne. Que dire du contrat relatif au recouvrement de cette taxe ? Autre exemple, sur l’entretien des routes. Après avoir « bradé » nos autoroutes, j’entends que nous avons des difficultés à financer l’entretien des routes nationales. Il n’y a que la France pour vendre ce que l’impôt a financé pour se retrouver à devoir lever des taxes alors que les détenteurs de la rente des autoroutes s’enrichissent à bon compte. Ce sont deux exemples d’absence manifeste de bon sens et surtout d’intégration de la « vrai vie » tellement ces projets sont aujourd’hui entre les mains de personnes complétement déconnectées de nos réalités.

Lutter contre les délocalisations, c’est d’abord remettre la France « à l’endroit » ! Lutter contre les délocalisations c’est retrouver un projet national et européen autre que celui de la financiarisation à outrance et de l’ultra libéralisme. Vouloir bannir les délocalisations est illusoire car nous sommes très heureux lorsqu’une entreprise s’implante en France et crée de la valeur et du travail (ne jamais oublier la délocalisation qui se fait à notre avantage). Lutter contre les délocalisations doit se faire de manière non dogmatique, avec discernement et intelligence mais de manière ferme.

Horizon 2020 ou comment dilapidé 70 milliards d’euros !

Je suis désolé par avance de la longueur de ce post mais je pense qu’il est désormais temps de sortir du modèle dominant de « papillonnage », qui n’est rien d’autre que le reflet du consumérisme. Un sujet doit donc être approfondi et mon propos fait donc suite à mon précédent post pour adresser Horizon 2020.

Horizon 2020 (http://ec.europa.eu/research/horizon2020/index_en.cfm) est le nouveau programme cadre de la communauté européenne en matière de recherches et d’innovations. Je tente une traduction (libre) en français de ce qu’est H2020 et des objectifs qu’il se fixe. « Horizon 2020 est l’instrument financier pour réaliser la stratégie d’innovation de l’Union Européenne (http://ec.europa.eu/research/innovation-union/index_en.cfm), une initiative phare du programme Europe 2020 (http://ec.europa.eu/europe2020/index_en.htm) dont l’objectif est de sécuriser la compétitivité européenne. S’exécutant de 2014 à 2020 avec un budget de plus de 70 milliards d’euros, le nouveau programme pour la recherche et l’innovation est l’un des leviers pour créer une nouvelle croissance et des emplois en Europe.

Horizon 2020 amène de nombreuses simplifications au travers d’un ensemble de règles unifiées. Il combinera tous les financements en recherche et innovation qui étaient accessibles auparavant avec le PCRD (Programme Cadre de Recherche et Développement), le CIP (Competitiveness and Innovation Programme) et l’EIT (European Intitute of Innovation and Technology). Ses objectifs consistent à :

  • Renforcer la position de l’EU dans les sciences avec un budget dédié de plus de 24 milliards d’euros. Ceci fournira un « boost » à la recherche de haut niveau en Europe incluant la réussite de l’ERC. (Note : European Research Concil dont l’objectif affiché est de « Supporter les chercheurs de haut niveau du monde entier ! http://erc.europa.eu/).
  • Renforcer le leadership en matière d’innovation industrielle avec un peu plus de 17 milliards d’euros. Ceci inclus des investissements majeurs dans les technologies clés et un accès plus important au capital pour les PME
  • Fournir plus de 30 milliards d’euros pour aider à adresser les principales préoccupations partagées par tous les européens telles que le changement climatique, le développement du transport et de la mobilité durables, produire des énergies renouvelables, assurer la sécurité alimentaire ou faire face au vieillissement de la population »

Première série de constats. L’enveloppe cumulée est de 71 milliards d’euros dont « seulement » 17 milliards (23.9%) seront consacrés à renforcer le leadership en matière industrielle. J’insiste également sur le fait que seule une partie de ces 17 milliards d’euros sera consacrée aux technologies du numérique car le programme européen adresse toutes les formes d’innovations et de recherches ! Pour faire bonne mesure par contre, il ne faut pas sous-estimer la part des 24 milliards d’euros de recherche qui iront aux TIC. Je rappelle enfin que nous sommes 27 pays et que la commission veillera à ce que la « manne européenne » soit répartie équitablement. Essayer de répartir ces enveloppes, même les plus optimistes d’entre vous feront des calculs qui laissent rêveurs sur l’efficacité du dispositif !

Pour faire écho à cette première remarque et à des fins de comparaisons, je vous engage à lire le document qui traite de la stratégie américaine en matière d’innovation (http://www.whitehouse.gov/issues/economy/innovation) qui a le mérite de poser des axes simples à comprendre. Il ne s’agit pas d’adresser toute la « bobologie » du monde mais de réaliser des choix assumés qui favorisent des orientations claires en matière d’investissements et exclusivement pour les Etats-Unis (ils n’ont de toute évidence aucunes difficultés à se concentrer sur eux-mêmes !). Les arbitrages sont apparemment évidents pour les Etats Unis et adressent le sans-fil partout, la réforme des brevets, l’éducation et les énergies propres pour ce qui relève des nouvelles initiatives ! Dans ce que les US considèrent comme les « building blocks » du 21ième siècle nous trouvons également l’éducation, le leadership dans la recherche fondamentale, les infrastructures du futur et les technologies de l’information. Entre le sans fil, les infrastructures et la mention explicite des TIC, il semblerait que les US ne fassent pas dans la demie mesure ! Les technologies du numérique sont au cœur du dispositif et catalysent une masse d’investissements considérables. Pour ce qui est des données chiffrées je renvoie au Global Innovation Index (http://www.globalinnovationindex.org/content.aspx?page=GII-Home) qui indique que les US sont revenus au cinquième rang mondial des pays les plus innovants. Enfin ils sont cohérents et flèchent la recherche dans un continuum global qui aligne éducation (donc capacité à utiliser et à intégrer socialement les innovations), TIC (donc production des contenus et des applications) et infrastructures (donc moyens d’accéder aux contenus).

Pour accompagner la dimension numérique de H2020 il existe la DGCONNECT, «  Directorate General for Communications, Networks, Content and Technology  » (http://ec.europa.eu/dgs/connect/what-we-do). Cette direction est en charge de l’agenda digital d’Horizon 2020 (http://ec.europa.eu/digital-agenda/). Pour faire court et clair, c’est la direction, au sein de la commission européenne, qui va décider de tous les engagements en matière de projets de recherches et d’innovations dans les TIC au court des 7 prochaines années ! La DGCONNECT va s’appuyer, à son tour, sur le CAF ou « Connect Advisory Forum » dont les membres sont désignés pour une période de 2 ans. La période 2013-2014 est couverte par les personnes mentionnées dans la liste que vous trouverez sur le site Cordis de l’Europe (http://cordis.europa.eu/fp7/ict/docs/caf-mandate-rm.pdf). Là également, pour faire clair, ce sont les conseillers qui auront en charge la lourde responsabilité d’orienter la DGCONNECT dans la sélection des projets et des sujets soutenus par les fonds européens !

Deuxième série de constats. Si vous prenez le temps de consulter la liste des 27 noms du premier CAF, je pense que vous commencerez à tirer certaines conclusions édifiantes. Pour résumer il y a 16 personnes issue du monde académique (université, instituts, centres de recherches privés) soit 59% du CAF, 6 représentants de grands groupes soit 22% du CAF, 5 représentants d’entreprises moyennes soit 19% du CAF. Il y a par ailleurs dans les représentants du privé une prédominance d’entreprises dans les télécommunications et les infrastructures. Par curiosité je me suis également intéressé rapidement au ISTAG, qui était l’Advisory Group pour le FP6 et FP7 (http://cordis.europa.eu/fp7/ict/istag/membership_en.html). Il y a eu 5 groupes entre 1999 et 2012 et je vous laisse tirer vous-même vos ratios en consultants les listes ! Pour ma part j’en conclus que les ratios restent les mêmes ! Je n’ai par ailleurs pas trouvé de bilan, d’état des lieux ou de cartographie dressée sur les résultats des programmes précédents, à minima le FP6, a fortiori le FP7 ! Impossible donc de conclure sur une quelconque efficacité de cette formidable organisation qui semble mobiliser beaucoup de personnes à travers l’Europe.

Pour résumer, seuls 24% des 71 milliards d’euros vont à l’aide aux innovations industrielles et le CAF est orienté à 60% par des académiques. Je ne suis pas un grand spécialiste de toute la mécanique européenne mais je suis fils de paysans, je viens de la terre et si je prends une vieille marmite, que j’y verse peu ou prou les mêmes ingrédients avec des dosages approximativement identiques que la fois précédente, je devrais obtenir le même rata !

Pour être plus sérieux ou sont passé les représentants des sociétés qui développent du logiciel, qui adressent le monde du numérique embarqué (hors de la téléphonie) ou qui réalisent du contenu ? Que sont devenu les « Small and Medium Enterprise » dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée ? Comment se fait-il qu’après 7 grands programmes cadre nous soyons encore en train de déverser des dizaines de milliards sans savoir avec précision ce que nous voulons financer ? Comment se fait-il que les Etats-Unis arrivent parfaitement à savoir dans quoi il faut investir ? Pourquoi toujours plus d’infrastructures, à croire que tout ce qui n’est pas tangible fait peur aux institutions européennes ?

La compétitivité n’est finalement qu’un grand concept que ces instituions de trop haut niveau ont perdu de vue. Elles ne sont qu’un reflet de plus de nos instances dirigeantes locales. Pendant que le continent américains sait pertinemment bien fabriquer des VmWare, Oracle, Microsoft, Google, Facebook, Twitter, Citrix, HP, Apple, LinkedIn, … et bien d’autres petites startup dans nombre de domaines du numérique nous lançons H2020 qui va adresser tout l’univers européen de la recherche et de l’innovation. Nous constaterons ensuite, dans 7 ans, que nous avons encore raté une occasion de devenir le « big leader ».

Aparté : il faudrait explorer le monde open source pour identifier les lieux de contributions et d’installations des sièges sociaux des initiatives qui ont donné lieu à la création d’entreprises comme RedHat, WordPress, Xen, Firefox, Thunderbird, Wikipedia, PostgreSQL, LibreOffice, … et la liste est longue. Je ne serais pas surpris que l’Europe soit massivement contributrice et dramatiquement absente des lieux d’implantations de la dimension économique !

N’est il pas temps que de vrais spécialistes, experts, passionnés vous conseillent mesdames et messieurs de la commission européenne ? Sachez que le numérique c’est aussi beaucoup d’intangible et de valeur ajoutée purement intellectuelle. Arrêtez de déverser l’argent du contribuable dans des infrastructures que nos compétiteurs internationaux se font ensuite une joie d’exploiter au détriment des entreprises innovantes européennes. Cesser de nous laisser dépouiller et fonder donc les bases d’une vrai politique d’investissement dans des fondamentaux européens, contrôlés et orchestrés par et pour l’Europe. Cessez les comités Théodule qui s’auto alimentent grâce à des dossiers de dépôts de projets onéreux pour ceux qui les constituent et tout à fait gratifiant pour ceux qui les dépouillent. Mettez donc en place de véritables commissions entièrement dédiées à la détection et à l’aide des quelques pépites dont dispose l’Europe, à l’évaluation des programmes de recherches existants ou à l’accompagnement des ETI déjà en place afin de les aider et de les développer pour en faire des champions à minima en Europe. Refondez la recherche, à minima dans les TIC, non pas pour rétablir la compétitivité mais pour rétablir notre indépendance, la première étant forcément une conséquence de la seconde !

Je ne milite pas du tout en faveur d’une forme d’isolationnisme européen contrairement à ce que d’aucun pourrait conclure. Le fait est que, dans notre monde, l’égalité se négocie et définie les possibilités de partenariats ! L’égalité devrait être un principe, et le fait de vouloir construire un monde respectueux de tous reste un bel idéal vers lequel il faut tendre mais nous n’en sommes pas là. Sans égalité pas de respect et donc impossibilité de mettre en place des modèles de partages. L’Europe est en situation d’infériorité crasse dans les TIC, elle n’a donc aucune marge de manœuvre et ne pourra que subir le dictat des autres grandes puissances. Pourquoi n’y a-t-il pas dans H2020 de volet dédié aux Fab Lab (http://www.fablabinternational.org/) qui proposent un ensemble de véritables révolutions auxquelles il faudrait donner plus de poids ? Est-il si difficile de s’intéresser au concept de « Cantine numérique » qui est en train de naitre un peu partout (http://reseaudescantines.org/), qui démocratise le numérique et qui servirait de relais pour l’éducation aux TIC ? Pourquoi ne pas poser des priorités en matière de thématiques de recherche en s’appuyant sur un état des lieux industriel, en exploitant les FP6 et FP7, en affichant clairement une volonté à reprendre la main sur les technologies fondatrices ? Enfin, pourquoi ne pas trouver dans le CAF des représentant du monde du logiciel, des éditeurs et des intégrateurs de logiciels ?

En clair pourquoi dilapider 70 milliards d’euros dans un « machin » administratif et tentaculaire qui va encore absorber des montagnes d’énergie alors que nous pourrions faire preuve d’humilité en exploitant déjà ce que nous avons entre les mains aujourd’hui ? Pensée dominante, conformisme et alignement sur des modèles dogmatiques, voilà bien les fermants de l’échec surtout dans les TIC !