LA VÉRITABLE ROUTE DE LA SMART CITY À LA FRANÇAISE

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Ne sommes-nous pas soumis à un Dictat de l’innovation ?

« Sans innovation une entreprise meurt », sentence sans appel entendue lors d’une table ronde à laquelle je participais et dont la portée m’a interpellé voici quelques semaines. Nous avons l’habitude de prononcer ce type de verdict définitif mais j’avoue que pour la première fois je me suis réellement posé des questions. Est-ce si simple ? Qu’est-ce que l’innovation sur le fond ? Ne subissons nous pas un dictat de l’innovation ? A tout le moins il existe une sensation d’urgence savamment entretenue sur laquelle il me parait souhaitable de longuement réfléchir ! Ce questionnement est d’autant plus perturbant qu’une part conséquente de mon métier consiste depuis +30 ans à analyser, intégrer et porter l’innovation dans et au profit de toutes les entreprises pour lesquelles j’ai travaillé.

Il existe une littérature foisonnante et probablement bien trop abondante autour de l’innovation. Par conséquent il me semble important et utile de revenir sur le sens des mots et ce qu’ils recouvrent avant d’aller challenger des concepts. Le terme innover vient du latin in (dans) et novare (rendre nouveau, renouveler, refaire, restaurer, transformer, changer). Comme nous pouvons le constater le mot innover n’est pas forcément et exclusivement le qualificatif d’un mouvement considéré comme « positif » tendant à systématiquement réaliser des nouveautés. Il est également possible d’innover en reproduisant, refaisant ou restaurant des produits, des processus ou des services en y introduisant une part de nouveauté ce qui constitue une subtilité essentielle de mon point de vue. La vision que nous avons et que nous renvoyons de l’innovation malgré tout se trouve aujourd’hui malheureusement tronquée et se limite bien trop souvent à l’action de transformation ou de création nouvelle éludant par la même occasion une grande partie des innovations qui se produisent autour de nous. Nous n’accordons plus suffisamment de temps à la compréhension de la signification, de la portée et des implications de l’innovation dans bien des domaines, ce qui conduit à des raccourcis et à des orientations absolutistes néfastes pour l’innovation elle-même.

Cette vision de l’innovation, quasi exclusive de nos jours, est porteuse de questionnements profonds que nous avons intérêt, si ce n’est le devoir, d’adresser au risque de se voir contraints à redoubler d’innovation pour traiter des conséquences potentiellement néfastes de l’innovation, un comble ! Par exemple, le smartphone est sans conteste une solution innovante. Il a changé nos vies à tel point que nous avons du mal à imaginer le monde avant l’apparition de l’iPhone 3 en 2007 ! Pourtant, mue par un commandement ultime et non négociable soumettant l’objet smartphone à un mouvement d’innovation quasi permanent, nous aboutissons à des aberrations. En effet, d’une impulsion initiale louable nous sommes passés à une innovation « incantatoire » qui surconsomme les ressources rares de la planète nécessaires à la production des smartphones et de bien d’autres systèmes électroniques qui nous sont devenus indispensables. De la même manière nous en arrivons à ne plus concevoir le monde qu’au travers de ce même smartphone qui s’érige en passage obligatoire en matière d’innovation. Qui n’a pas son application mobile est ringardisé, rangé dans le coin des absurdes rabat-joie sans même se soucier des usages ou de l’utilité de ces applications foisonnantes. Enfin, force est de constater que les « réelles » innovations se font rares et que nous assistons à une surenchère d’améliorations qui n’en sont pas dans la plupart des cas. Par exemple le paramétrage des appareils photographiques des smartphone réglés pour limiter la taille des images alors qu’ils sont dotés de capacités de captures dépassant les 20 millions de pixels, quelle ironie et quel gaspillage !

Schumpeter dès 1912 indiquait que l’innovation recouvrait six grands types de transformations de natures différentes([1]) : le déploiement d’une nouvelle organisation, la fabrication d’une nouvelle solution, la mise en place d’une nouvelle méthode de production, l’emploi de nouveaux moyens de transport, l’ouverture ou l’accès à un nouveau débouché, l’emploi et/ou la découverte d’une nouvelle source de matières premières. C’est une classification tout à fait remarquable mais qui n’a de cesse de promouvoir la nouveauté et donc la marche en avant vers le « progrès ». Schumpeter n’a prévu nulle part de place pour les conséquences de long terme ou la désillusion attachée à certaines innovations lorsqu’elles sont poursuivies sans discernement. De fait c’est extrêmement logique puisque dans le monde Schumpetérien, d’autres innovations viendront traiter des susdites conséquences ! Le travail de Schumpeter est d’autant plus important qu’il a également promue la théorie de la destruction créatrice de l’économie ([2]) qui affirme qu’il existe un processus continuellement à l’œuvre dans l’économie de marché qui voit disparaître des activités au profit de la création de nouvelles activités de remplacement. Encore une illustration de la marche forcée vers le « progrès » obligatoire que soutien théoriquement l’innovation. Comment remettre en question le rôle fondamental de la voiture dans le progrès humain ? Cette révolution totale des modalités de transports de l’humanité à définitivement transformée notre relation au temps et à l’espace et a permis des conquêtes indiscutables dont nous profitons tous. Pourtant cette innovation, ou plutôt invention, a également produit de très nombreux effets indésirables dont nous payons aujourd’hui le prix fort ! Pollution aux microparticules provenant du diesel qualifiée aujourd’hui de mortelle et pourtant massivement soutenu par les pouvoirs publics depuis des décennies, absurdité de l’emploi et de la possession d’un véhicule pesant plus de 1 tonne pour transporter un passager unique pesant en moyenne 85 kilogrammes d’un point A vers un point B, engorgement total des villes qui n’ont pas pu ou pas voulu basculer vers le « tout » transport collectif mais qui sont désormais confrontées à la situation ubuesque des blocages quotidiens de la circulation. Un autre exemple nous est donné dans la remise en question des réseaux sociaux. Qui ose questionner ces derniers se trouve immédiatement qualifié de réactionnaire ou de dinosaure voir d’opposant à la liberté d’expression. C’est pourtant bien aujourd’hui que nous devons affronter les conséquences de ces mêmes réseaux sociaux en matière de harcèlement électronique, de poussée des extrémismes les plus divers et d’influences néfastes sur certaines élections très importantes alors que nous aurions pu anticiper ces dérives ! L’ironie de l’arroseur arrosé serait délectable si tout ceci n’avait des résurgences dans le quotidien de plus en plus marquées et quelquefois dramatiques.

L’innovation s’est donc imposée comme un « devoir » non négociable, un exercice obligatoire et incontournable pour toute entreprise ou activité humaine qui prétend occuper une quelconque position dans le jeu mondial du marché. L’entreprise qui n’innove pas meurt ! Tout est dit et il serait vain de pérorer pour contester en tout ou partie ce dogme, car il s’agit bien d’un dogme, approche fondamentale et considérée comme incontestable d’une théorie, en l’occurrence économique. Ce dogme est par ailleurs renforcé par nos habitudes et notre mode de consommation de toutes ces nouveautés sans réelle introspection sur le besoin ou le gap fonctionnel ou pratique avec ce que nous possédions préalablement. Enfin, comment prendre le temps alors même que tous les médias et les « experts » nous expliquent qu’il existe une urgence « urgente » à innover ?

Paroxysme de cette construction intellectuelle permettant d’illustrer les dérives de ce dogme les startups et tout particulièrement dans les domaines du numérique. Cette forme d’entreprenariat est devenue au fils des années la matérialisation ultime de l’innovation, l’alpha et l’oméga de la créativité, le pilier le plus abouti et presque unique de l’idéation. Le nombre de startup a littéralement explosé et est estimé à environ 10000 en France en 2016 selon l’observatoire MyFrenchStartup([3]). Existe-t-il une légitimité à questionner le fait que les « ondes » soient monopolisées au service de la défense de cette vision quasi unique de l’innovation ? Je réponds par l’affirmative même si nous devons admettre qu’il est difficile d’échapper à cette déferlante, qui tombe à point nommé, de la startup « solution à tout » qui vient masquer les défaillances de nos modèles « classiques » et éprouvés de création de valeur. Fort heureusement certains mouvements de fonds se mettent en place pour venir contrecarrer ce phénomène de mode. Je vous invite à consulter un article de FrenchWeb sur la renaissance des « vrais » startups scientifiques([4]) qui me parait repositionner un peu plus correctement le concept de startup, c’est à dire « une entreprise pionnière, liée à une notion d’exploration qui développe une activité sur un marché nouveau situé hors des frontières habituelles, dont le risque est quasiment impossible à évaluer ». Il est commode d’oublier les origines mais il faut se souvenir que les exploits des startups exploitant par exemple les grands progrès technologiques de la transmission des ondes radios ou de la « houille blanche » datent du début du XXième siècle. Ces entreprises ont constituées leurs activités en s’appuyant sur de véritables révolutions scientifiques. Qu’en est-il de la multiplication des startups aujourd’hui ?

Par ailleurs l’innovation est intimement liée, dans l’inconscient et le conscient collectif, au progrès donc à l’amélioration continue du tout et de ce qui le constitue. Il faut savoir que le mot progrès est hérité d’un terme militaire latin, progressus, qui signifiait avancer, progresser sur le champ de bataille. Le progrès est donc associé à un mouvement de marche en avant et corrobore une idée moderne qui s’oppose à la stabilité, principe qui s’apparente à la stagnation. Comme nous pouvons le constater toutes ces notions ne laissent que peu de place aux doutes, questionnements et autres remises en causes. Qui souhaite réussir n’a d’autres choix que d’ouvrir le champ libre au progrès qui, lui-même, ne peut se contenter de l’immobilise et qui donc se doit d’avancer se condamnant ainsi à une innovation permanente et perpétuelle. Comment ne pas penser au tonneau des Danaïdes([5]) ? Le progrès ne se limite heureusement pas aux dimensions technologiques et mérite une analyse bien plus approfondie et bien loin de cette vision que j’ose qualifier de simpliste. Lisons par exemple un post de Martin Anota sur overblog concernant « les répercussions du progrès technique sur la répartition des revenus »([6]) pour nous convaincre que les forces à l’œuvre sont bien plus complexes que nous ne pouvons le percevoir.

C’est dans ce contexte de course en avant que « l’innovation durable » prend tout son sens et permet de porter un autre regard sur l’innovation. Le terme durable (du latin durabilis – qui est fait de manière à durer) constitue le cœur d’un mouvement né au court des 30 glorieuses : le développement durable. Le concept fait sa première apparition lors de la commission mondiale sur l’environnement et le développement en 1987 dans le rapport Brundtland([7]). Il est défini comme « un développement susceptible de satisfaire les besoins de la génération actuelle sans compromettre la possibilité pour les générations futures de satisfaire les leurs ». Si nous faisons abstraction des théories de décroissance économiques qui accompagnent et vienne brouiller trop souvent ce concept, nous constatons que son fondement repose sur une « consommation » des ressources beaucoup plus raisonnée. L’incongruité vient de l’association de ce concept, qui fait référence à la pérennité et à la longue durée, avec celui de l’innovation qui est perçu aujourd’hui comme éphémère et en transformation continue donc rapide. L’innovation durable se veut donc le mariage du rapide et du lent, le vecteur de la transformation qui dure, le porteur de l’évolution qui mesure « ses pas » ! Plus sérieusement, j’engage tout un chacun à lire le rapport Morand-Manceau « Pour une nouvelle vision de l’innovation »([8]) et à consulter les initiatives de l’institut pour l’innovation et la compétitivité([9]) par exemple. L’innovation durable installe l’idée d’un nouveau business model capable de transformer radicalement les entreprises tout en étant susceptible de les déstabiliser très fortement. En fait il ne s’agit ni plus ni moins que de repenser l’entreprise de fond en comble pour assoir son modèle économique sur de nouveaux fondamentaux. Étonnamment cette approche de l’innovation se traduit par une adaptabilité constante de l’existant loin des « standards » du moment qui prônent le disruptif comme solution absolue et indiscutable ! Nous retrouvons pêle-mêle dans ce mouvement les considérations d’écoconception, de « reverse innovation », d’économie circulaire ou encore d’économie de la fonctionnalité.

Peut-on alors associer de manière équilibrée et profitable la poursuite de l’ouverture aux startups, avec toute la dynamique louable qui l’accompagne, et l’innovation durable qui s’est fixée pour objectif de reconstruire tous les fondamentaux du modèle économique consumériste dans lequel nous vivons en en préservant, là aussi, la dynamique de marché ? Si nous ajoutons à ce duo l’impérative nécessité de réintroduire la recherche dans le dispositif, nous pouvons raisonnablement en conclure que la tâche sera difficile. Associer des temps longs (voire très longs) au temps cours, œuvrer pour retrouver une compétitivité économique rapidement tout en assurant une évolution drastique mais longue des compétences, engager des réformes de tous ordres mais donner la priorité aux impératifs environnementaux ne sont que quelques exemples de ce qui constitue pourtant le challenge que nous devons relever collectivement. Plutôt que de faire des choix contextuels et donc arbitrer en faveur de certains renoncements ne serait-il pas plus judicieux de prendre le temps d’orienter plus efficacement nos énergies et nos ressources ? La prise de recul, l’analyse objective, les études systémiques, la valeur du temps et le bien collectif sont autant de principes qu’il nous faut à nouveau convoquer. Ce qui est incontestable c’est qu’il est bien plus long et difficile d’innover durablement en tenant compte des usages réels des solutions et de l’adhésion la plus large possible.

Il me semble intéressant de conclure par un questionnement sur la transformation de notre société en lien direct avec l’innovation. Il est indéniable que nos sociétés doivent évoluer pour intégrer de nouvelles contraintes économiques, environnementales et sociétales. Si l’identification des besoins de fond est pertinente et semble faire consensus, la question posée est bien celle de la transition, du passage d’une forme de société à une autre. La notion de transformation nous engage à penser le changement dans sa radicalité et à questionner ce qu’il est prioritaire de changer et ce qui permettrait ces changements. La réflexion sur l’objet et la méthode retrouve ici toute sa valeur et nous place devant les conséquences du dictat actuel de l’innovation. Cette nécessité d’évolution et le sentiment d’urgence réelle ou fictive qu’il provoque sont omniprésents et pourtant l’horizon des événements ne bouge pas dans sa globalité, pourquoi ? Taux d’acceptation, usages et éducation font, à mon sens, parti des éléments clés de réponse à cette question redonnant ainsi aux sciences humaines et sociales un rôle central dans la digitalisation de nos sociétés. Une étude récente de Opinionway([10]) pour le compte de Zingularity nous éclaire sur la relation complexe que les français entretiennent avec les technologies numériques en particulier. Sans tomber dans l’anarcho-primitivisme force est de constater que le sentiment à la fois de dépendance et de rejet commence à devenir préoccupant et révèlent la mise en place de nouveaux équilibres qui vont peser sur l’orientation globale des prochaines innovations. Comme l’explique bien Tristan Nitot([11]) la peur grandissante du numérique engendre des blocages sérieux. Je considère pour ma part que nous avons surtout raté une étape essentielle : l’éducation au numérique dans ce qu’elle est capable d’apporter en acculturation, car le numérique est définitivement une culture avec ses langages, ses codes, ses normes. Guy Rocher (un sociologue Québécois) définit la culture comme « un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d’agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d’une manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes en une collectivité particulière et distincte ». Nier cette dimension au numérique constitue, à mon avis, une erreur à ne pas commettre. Si nous acceptons cette prémisse il est donc absolument nécessaire d’investir dans l’apprentissage des bases pour que tous puisse non seulement en décoder les usages mais également soient en capacité d’en intégrer plus facilement et plus rapidement les conséquences, que tout un chacun puisse librement et en toute indépendance se forger une compétence de tous les jours des outils du numérique. Si la France a besoin de développeurs pour assurer son avenir dans les technologies du numérique, elle a aussi besoin d’une démocratisation et d’une intégration complète et définitive par les individus et l’ensemble des élus. Point n’est besoin de savoir coder en Java ou comprendre les arcanes inextricables de l’intelligence artificielle pour lancer un large éventail d’initiatives d’éducation au numérique. Je me trompe surement, mais la plupart des individus n’ont pas reçus une formation même limitée au fonctionnement du moteur à explosion, pourtant une grande majorité est passé par une auto-école pour apprendre à conduire. Au regard des enjeux et de l’omniprésence grandissante du numérique, est ce qu’il est inconcevable que l’on accompagne cette mutation extrêmement profonde et diversifiée de nos sociétés avec des « écoles de conduite du numérique » ?

Ce dernier point est finalement le challenge de plus haut niveau que nous avons à adresser car il conditionne la réussite de tous nos efforts et les retombées de toutes ces ressources que nous consacrons à l’innovation. Si nous avons pensé à un moment que nous pouvions nous passer de l’éducation nous avons eu tort et j’aime à me rappeler que, au court des 40000 dernières années, l’humain a su accélérer pratiquement tout ce qui concernait son environnement (en bien et en mal). L’un des derniers remparts qui subsiste et qui résiste, sous des formes extrêmement variées, à cette accélération c’est son cerveau et sa capacité à intégrer, assimiler, accepter et in fine exploiter les innovations. J’ose détourner une citation de Rabelais en affirmant que « innovation sans conscience n’est que ruine de la confiance » et malheureusement c’est ce que nous vivons actuellement.

 

[1] Joseph Schumpeter, « Théorie de l’évolution économique », 1911 – traduction française de 1935, http://classiques.uqac.ca/classiques/Schumpeter_joseph/theorie_evolution/theorie_evolution.html

[2] Joseph Schumpeter, « Capitalisme, socialisme et démocratie », 1942, traduction française de 1942, http://classiques.uqac.ca/classiques/Schumpeter_joseph/capitalisme_socialisme_demo/capitalisme.html

[3] http://www.myfrenchstartup.com/fr/startup-france-data-analytics

[4] http://www.frenchweb.fr/la-renaissance-des-start-up-scientifiques-partie-1/269993

[5] https://mythologica.fr/grec/danaide.htm

[6] http://www.blog-illusio.com/2016/07/les-repercussions-du-progres-technique-sur-la-croissance-la-repartition-des-revenus-et-l-emploi.html

[7] http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/sites/odyssee-developpement-durable/files/5/rapport_brundtland.pdf

[8] http://institut-innovation-competitivite.eu/sites/default/files/biblio/rapport_morand_manceau_-_pour_une_nouvelle_vision_de_linnovation_-_escp_europe_2009_0.pdf

[9] http://institut-innovation-competitivite.eu/fr

[10] http://www.opinion-way.com/pdf/opinionway_pour_zengularity_-_les_francais_et_les_technologies_au_quotidien_-_octobre_2016.pdf

[11] http://www.leblogexpectra.fr/gens-se-mefient-de-technologie_13763.html

Nomadisme et mobilité 2.0

Le techno-nomadisme sous-entend la possibilité pour toute personne mobile ou non de pouvoir utiliser son univers d’activité personnel quel que soit l’endroit où elle se situe. L’exemple du bureau est parfait et représente, par essence, un lieu physique, un espace agencé, géographiquement localisé. A partir du moment où nous obtenons une connexion internet, le terme bureau prend une toute autre valeur. En effet, ce n’est plus un lieu physique mais un objet ! Par prolongement, nous pourrions dire que notre bureau est Internet ! Donc le simple fait de se connecter à Internet permettrait de rejoindre notre bureau quel que soit l’endroit où nous nous trouvons et le bureau est alors dématérialisé et atemporel.

Une projection du futur proche, partagée par de plus en plus de spécialistes, fait plusieurs constats :

  • Nous aurons des ordinateurs concentrant le strict minimum d’intelligence et de puissance de calcul pour les rendre à la fois plus autonomes (possibilité de travailler déconnectés), moins lourds et gourmands en ressources et beaucoup plus « interopérables » avec une connectivité très développés. C’est le retour des mainframes mais bénéficiant de « terminaux » intelligents et à très forte connectivité. Nous sommes passés d’une période où nous avons voulu nous débarrasser de l’existence des postes clients pour arriver à une solution d’informatique centralisée faisant une place importante à l’acteur « nomade » sans lui enlever sa liberté
  • La communication en ligne sera possible de partout utilisant le Wifi, les lignes électriques, les téléphones, les satellites. Le monde entier est alors intégralement connecté
  • Les télévisions hertziennes seront abolies faisant place aux télévisons depuis Internet et les autres supports
  • Nous pourrons créer nos propres programmes média que nous compléterons d’information en direct sur le net
  • Une fois la domotique acceptée, nous pourrons consulter facilement le contenu de notre réfrigérateur depuis le super marché, régler le chauffage de la maison et la température de chaque pièce, démarrer une cuisson, fermer les volets

Nous avançons donc à grands pas dans la mobilité 2.0 et nous pourrons rester connectés quels que soient nos déplacements. Ce nomadisme « latent » engendre donc des questionnements forts sur le futur de l’organisation des taches et des lieux qualifiés de « regroupement » (travail, salles de réunions, écoles, séminaires, etc …).

Ces concepts du « nomadisme 2.0 », utilisés dans une large mesure auprès du grand public, puis dans les entreprises, s’insèrent également de plus en plus dans le monde de la sphère publique. L’apprentissage des différents outils web 2.0 par les internautes (blog, fils rss, réseaux sociaux, richmédia, podcast,…) amène de plus en plus les collectivités locales à prendre en compte ces nouveaux usages dans leur offre web.

Les portails institutionnels ne se contentent plus de fournir des pages statiques qui ont pour seule vocation la présentation dela collectivité. Cessites « vitrines » font place, de plus en plus, à des sites informationnels dont le but est de renseigner le citoyen en lui proposant une certaine dynamique de contenus. De fait, le web entre désormais dans la stratégie des institutions publiques et se décline en 4 composantes:

  • Communication et information : renseigner et informer le citoyen en disposant de contenus “riches” et interactifs
  • Dématérialisation et transaction : améliorer les services rendus
  • Relation citoyens : impliquer le citoyen dans le débat public et à la vie locale en développant des actions d’implications et de participation
  • Définir le futur cadre de travail des agents : les économies d’énergie, la réduction du nombre d’agents publics, la diversité des métiers impliqués par la décentralisation, l’exigence croissante de performance jouent un rôle grandissant dans la nécessité de rendre les données accessibles quel que soit le lieu de travail ou l’instant d’exécution de l’action

Les technologies à surveiller [1]

Les technologies suivantes sont sur le point d’émerger et devraient voir les derniers obstacles à leur prolifération résolus à court terme :

  • Interface utilisateur mobile : l’ergonomie des interfaces mobiles est devenue un sujet important pour l’industrie et il reste beaucoup à faire pour séduire les utilisateurs
  • Géolocalisation permanente : l’accès aux données de positionnement GPS permet de créer des applications contextuelles puissantes et élargit le champ d’action des solutions SIG (métiers techniques, aménagement du territoire).
  • WiFi : le 802.11n apporte débits et portées de natures à concurrencer les réseaux filaires dans les locaux des entreprises. Cette évolution du Wifi est extrêmement importante dans l’amélioration de la mobilité intra établissement (suivi des personnes âgées, synchronisation avec les technologies RFID, accompagnement des tournées médicales HL/CH, moniteurs à connectivité asynchrones/lâche dans la ville)
  • Affichage : la taille et la qualité de l’affichage conditionnent le succès des applications sur les appareils mobiles. Plusieurs technologies vont émerger, dont les pico-projecteurs, pour dépasser ces contraintes et créer de nouveaux usages. Les affichages passifs, comme les écrans e-paper des nouveaux lecteurs d’ebook, vont également modifier la façon d’utiliser les documents et de gérer l’information
  • Haut débit mobile : L’Internet Mobile se conçoit de moins en moins sans un débit mobile suffisant. Le déploiement de la technologie HSPA(High Speed Packet Access) a permis d’en élargir considérablement l’horizon, jusqu’à faire de l’ombre aux hotspots WiFi. La tendance se prolongera avec l’intégration plus fréquente de modules 3G+ dans les ordinateurs portables et netbooks
  • Sécurité et surveillance dynamique : le mobile engendre de nouvelles menaces. En effet si le principe du mur défensif (firewall) autour du réseau de l’entreprise a primé jusqu’à présent, les nouveaux usages imposent une surveillance capable de détecter des comportements et événements anormaux dans le flot de données d’un utilisateur authentifié pour couvrir les usages nomades

La percée des « Smart Objects » [2]

Un « Smart Object » correspond à tout objet qui inclut un identifiant unique capable de tracer des informations sur lui-même. Il existe un grand nombre de technologies pour couvrir ce comportement :

  • Les radios fréquences avec le RFID
  • Les codes à réponse rapide (QR – Quick Response)
  • Les smartcards de tout type

Ce qui rends les « smart objects » intéressant c’est leur capacité et les moyens qu’ils emplois pour se connecter au monde réel. Ceci leur donne un intérêt particuliers pour gérer des « entités » physiques, pour les accompagner dans leurs quotidiens, capturer des informations les concernant (description, instructions, alertes, identifiants).


[1] « Tendances 2010 », Gartner, Octobre 2009

[2] Johnson, L., Levine, A., & Smith, R., «The 2009 Horizon Report », 2009, Austin, Texas: The New Media Consortium

Vous avez dit Rhyzomatique ?

La révolution informatique et son infosphère électronique peut induire de nouvelles méthodes d’acquisition du savoir, de nouvelles méthodes de travail et de nouvelles approches de l’acquisition de connaissances. L’enjeu consiste donc à mettre en évidence des modes de pensée différents notamment vis-à-vis d’une approche rationaliste linéaire, réductrice et fondamentalement dualiste. La notion de Cloud est alors considérée comme un changement de paradigme et non comme un simple changement de modèle économique ou de technologie.

La paternité du concept de « paradigme » revient au philosophe et historien des sciences Thomas Kuhn qui l’a développé en 1962 dans un ouvrage intitulé La structure des révolutions scientifiques[1]. Il y fait l’hypothèse que chaque époque de l’histoire produit, par ses pratiques sociales, son langage et son expérience du monde, une structure imaginaire, qu’il appelle «paradigme». Ce dernier s’impose, durant la période considérée, à tous les domaines dela pensée. Un paradigme est donc une certaine vision du monde qui sert de cadre de référence, de moteur fédérateur à toutes les pensées « normales » de l’époque.

Lorsque des mutations, induites par l’expérience, change la vision du monde, il y a changement de « paradigme ». La « pensée rhizomatique ou connexionniste » (en réseau), par définition distribuée et nomade, sort de la normativité de la pensée cartésienne, rationnelle et unidimensionnelle et se projette dans un espace multilinéaire et multidirectionnelle. Une définition sophistiquée du Cloud est donnée par Raphael Josset : « une architecture fractale, invisible, hétérogène, fluide, interactive, malléable, pliable, intégrant la rupture et la discontinuité et permettant une multiplicité de parcours et de combinaisons dans un médium hybride et digital mêlant le texte, l’image et le son »[2].

(Lire la suite …).


[1] Thomas Samuel Kuhn, « La structure des révolutions scientifiques », édition originale, 1962

[2] Raphael Josset, « La pensée en réseau : nouveaux principes cognitifs pour un devenir post humain », Société, n°91, 141 pages

L’infosphère de demain

Infosphère est un terme utilisé par Dan Simmons dans la saga de science-fiction Hypérion pour désigner ce que pourrait devenir Internet dans le futur : « un lieu parallèle, virtuel, formé de milliards de réseaux, où émergent des formes de vies artificielles ». Ce terme est à rapprocher de la noosphère, utilisé par Teilhard de Chardin (1881-1955).

Infosphère [i] est désormais un terme utilisé pour désigner l’espace sémantique constitué de la totalité des documents, des agents et de leurs opérations[]. Par « documents » on entend tout type de données, d’informations et de connaissances, codifiées et implémentées dans n’importe quel format, sans aucune limite de taille, de typologie ni de structure syntaxique. Aujourd’hui, l’intérêt se focalise sur le monde des réseaux numériques, mais l’infosphère inclut également les récits oraux, les films télévisés, les textes imprimés et les programmes radiophoniques. Le terme « agent » fait référence à tout système capable d’interagir avec un document de façon autonome, comme par exemple une personne, une organisation ou un robot logiciel sur le Web. Enfin, par « opération », on doit comprendre tout type d’action, d’interaction et de transformation qui peut être effectué par un agent et auxquelles peut être soumis un document.

Infosphère est un néologisme construit sur le modèle de biosphère. D’après Luciano Floridi, ce terme a été introduit vers le milieu des années 1990, dans le cadre de recherches visant à analyser le nouveau milieu dans lequel les différentes composantes de la société de l’information sont à l’œuvre.

Pour explorer cette infosphère je commencerais par les évolutions du Web … (lire la suite).


[i] Luciano Floridi, « Philosophy And Computing: An Introduction », Taylor & Francis Ltd – 1999