La culture numérique est une réalité

Ce que nous englobons sous l’appellation « culture numérique » couvre un champ très large, qui reste encore sous-estimé voir mésestimé dans bien des domaines qu’il s’agisse de cursus universitaires, de recrutements, de choix d’orientations pour les entreprises, de décisions politiques et institutionnels ou tout simplement de relations sociales. Par exemple informatique, numérique, digital ne signifient pas la même chose et pourtant tous ces termes sont employés souvent indifféremment. Nous sommes donc confrontés à des changements d’ordres épistémologiques et c’est pourquoi le recours à cette expression « culture numérique » mérite que l’on s’y arrête. Que recouvre-t-elle ? En quoi est-elle susceptible de nous intéresser ?

Avant tout il est nécessaire de tordre le cou à une idée reçue : la culture numérique serait d’abord celle des « jeunes ». Il est déjà difficile d’associer les jeunes à un groupe social unique et uniforme quels que soient les critères de choix. De plus le qualificatif « jeune » lui-même est problématique car soumis à des sous-entendus et les travaux de Parson[1] ont montré que les jeunes ne se caractérisent pas aussi simplement, par exemple ils n’ont pas davantage de comportements irresponsables que les adultes. La culture numérique ne saurait donc être celle des jeunes uniquement et c’est d’ailleurs l’une des critiques fondamentales qui peut être opposée à Marc Prensky[2] et sa proposition de « digital natives ».

La notion de culture elle-même doit être définie. Nous adopterons donc celle de la déclaration de l’UNESCO dite de Mexico (1982)[3] qui considère que la culture articule la dimension collective définie comme « l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social » avec la dimension singulière par laquelle l’individu se construit et se comporte. Partant de ce postulat nous pouvons essayer d’établir un ensemble d’éléments qui permettent d’affirmer l’existence d’une « culture numérique » tels que :

  • L’omniprésence des technologies numériques comme un élément de plus en plus déterminant de notre environnement. Nos comportements et nos relations à l’espace, au temps et aux autres s’en trouvent grandement modifiés et c’est en ce sens que la culture numérique n’existe pas autrement que comme notre culture à l’ère du numérique. Elle nous fournit un cadre d’action en grande partie invisible à partir duquel nous élaborons nos actes et construisons nos représentations, nos valeurs et nos attitudes
  • Cette culture numérique n’est pas qu’une question d’apprentissage de techniques ou de savoir-faire, mais relève aussi de l’apprentissage de codes, de méthodes, de représentations, de vocabulaires et d’expressions qui conditionnent qu’un individu se trouve renforcé ou affaibli dans nos sociétés, selon la maîtrise qu’il parvient à en construire. L’appropriation de la « culture numérique » nous engage donc à nous interroger sur le fait d’être confronté à un numérique agi ou un numérique subi
  • Nous pouvons également remarquer qu’une culture participe de la définition du « vivre ensemble » que caractérisent, par exemple, un langage commun ou une identité partagée. Aujourd’hui la « culture numérique » fait partie du cadre collectif d’un numérique qui ne serait pas simplement un ensemble d’outils à notre disposition mais un environnement qui agirait sur nos façons d’être ensemble, notre sociabilité. Cela permettrait à tout un chacun de mieux se définir (ou départir ?) des « communautés » du numérique qui s’imposent dans notre paysage au quotidien
  • Enfin nous nous heurtons à des questions anthropologiques particulières relatives à la mémoire, à la transmission, à l’altérité ou à l’imaginaire. Autant d’éléments qui sont fondamentaux pour toute culture et qui ont été largement transformés par les technologies du numérique

Nous pouvons donc affirmer que cet univers du numérique cache des enjeux de société majeurs et nous amène invariablement à constater que des outils et des connaissances abondantes sont mis entre les mains du plus grand nombre; mais que tous n’ont pas la capacité, l’accès ou la disponibilité pour s’en emparer et à en faire quelque chose. Ce phénomène, loin d’être anecdotique, grève par la même occasion la modernisation de nos entreprises et institutions, pénalise notre compétitivité, rend plus difficile la lutte contre la cybercriminalité, isole encore plus certaines populations.

Il est donc de notre responsabilité collective de considérer cette lame de fond non comme une simple évolution technologique mais comme une transformation radicale de l’ensemble des processus, métiers, modalités d’interactions et institutions et donc à reconnaître une « culture numérique » ! À défaut il faut se demander à quoi s’expose un individu (et par la même une société dans toutes les acceptions de ce terme), lorsqu’il manque de « culture numérique » :

  • Des difficultés avec les codes sociaux et les nouvelles façons d’échanger
  • Des incompréhensions du vocabulaire du numérique; ce qui provoque sans cesse des malentendus et donc des impossibilités d’échanges
  • Une méconnaissance des enjeux du numérique par exemple pour l’emploi, la formation, les orientations stratégiques et l’octroi des aides publiques
  • Un décrochage des compétences au sens des savoir-faire et des capacités techniques pour par exemple protéger son identité, éviter les pièges des cybercriminels, participer à des formations en ligne
  • De manière encore plus radicale cela expose à des formes d’exclusions économiques, sociales, culturelles, participatives, informationnelles

Un manque de culture, plus spécifiquement numérique dans notre cas, met donc en difficulté puisque l’individu concerné n’a pas appris à faire et/ou n’a pas compris les enjeux et le degré de maîtrise de tout un entrelacs de savoir-faire et de savoir être.

Cette « culture numérique » nous met par conséquent devant un défi et un chantier d’acculturation immense. En effet, continuer à ignorer ce fait de société, c’est méconnaître les dégâts que provoque l’absence de « culture numérique » sur notre vie de tous les jours. Environnement écologique en grande difficulté, institutions démocratiques menacées, harcèlements de tous ordres incontrôlés, extrémismes en tous genres, inégalités et exclusions de tous types, désinformations et abus multiples facilités.

Pourquoi ne pas créer des « passeports citoyens du numériques » qui constitueraient un vrai grand chantier national d’aide et d’accompagnement dans cet univers qui s’impose désormais à nous tous ? Il en va de la compétitivité et de l’emploi mais également d’un rappel à la devise de la France ! Garantir la liberté de tout un chacun dans un espace ou règne l’égalité en faisant appel non seulement aux pouvoirs publics mais également à la fraternité de tous les sachant pour qu’ils animent au quotidien des espaces d’informations et de transmissions de savoirs de bases utiles pour tous. Ce serait aussi l’occasion de démontrer que nous ne sommes pas un pays complètement ringard et que nous savons faire les choses différemment sans laisser personne sur le bas-côté de la route !

[1] http://classiques.uqac.ca/contemporains/rocher_guy/Talcott_parsons_socio_amer/parsons_socio_amer.pdf

[2] http://www.marcprensky.com/writing/Prensky%20-%20Digital%20Natives,%20Digital%20Immigrants%20-%20Part1.pdf

[3] http://portal.unesco.org/culture/fr/files/12762/11295422481mexico_fr.pdf/mexico_fr.pdf

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Ne sommes-nous pas soumis à un Dictat de l’innovation ?

« Sans innovation une entreprise meurt », sentence sans appel entendue lors d’une table ronde à laquelle je participais et dont la portée m’a interpellé voici quelques semaines. Nous avons l’habitude de prononcer ce type de verdict définitif mais j’avoue que pour la première fois je me suis réellement posé des questions. Est-ce si simple ? Qu’est-ce que l’innovation sur le fond ? Ne subissons nous pas un dictat de l’innovation ? A tout le moins il existe une sensation d’urgence savamment entretenue sur laquelle il me parait souhaitable de longuement réfléchir ! Ce questionnement est d’autant plus perturbant qu’une part conséquente de mon métier consiste depuis +30 ans à analyser, intégrer et porter l’innovation dans et au profit de toutes les entreprises pour lesquelles j’ai travaillé.

Il existe une littérature foisonnante et probablement bien trop abondante autour de l’innovation. Par conséquent il me semble important et utile de revenir sur le sens des mots et ce qu’ils recouvrent avant d’aller challenger des concepts. Le terme innover vient du latin in (dans) et novare (rendre nouveau, renouveler, refaire, restaurer, transformer, changer). Comme nous pouvons le constater le mot innover n’est pas forcément et exclusivement le qualificatif d’un mouvement considéré comme « positif » tendant à systématiquement réaliser des nouveautés. Il est également possible d’innover en reproduisant, refaisant ou restaurant des produits, des processus ou des services en y introduisant une part de nouveauté ce qui constitue une subtilité essentielle de mon point de vue. La vision que nous avons et que nous renvoyons de l’innovation malgré tout se trouve aujourd’hui malheureusement tronquée et se limite bien trop souvent à l’action de transformation ou de création nouvelle éludant par la même occasion une grande partie des innovations qui se produisent autour de nous. Nous n’accordons plus suffisamment de temps à la compréhension de la signification, de la portée et des implications de l’innovation dans bien des domaines, ce qui conduit à des raccourcis et à des orientations absolutistes néfastes pour l’innovation elle-même.

Cette vision de l’innovation, quasi exclusive de nos jours, est porteuse de questionnements profonds que nous avons intérêt, si ce n’est le devoir, d’adresser au risque de se voir contraints à redoubler d’innovation pour traiter des conséquences potentiellement néfastes de l’innovation, un comble ! Par exemple, le smartphone est sans conteste une solution innovante. Il a changé nos vies à tel point que nous avons du mal à imaginer le monde avant l’apparition de l’iPhone 3 en 2007 ! Pourtant, mue par un commandement ultime et non négociable soumettant l’objet smartphone à un mouvement d’innovation quasi permanent, nous aboutissons à des aberrations. En effet, d’une impulsion initiale louable nous sommes passés à une innovation « incantatoire » qui surconsomme les ressources rares de la planète nécessaires à la production des smartphones et de bien d’autres systèmes électroniques qui nous sont devenus indispensables. De la même manière nous en arrivons à ne plus concevoir le monde qu’au travers de ce même smartphone qui s’érige en passage obligatoire en matière d’innovation. Qui n’a pas son application mobile est ringardisé, rangé dans le coin des absurdes rabat-joie sans même se soucier des usages ou de l’utilité de ces applications foisonnantes. Enfin, force est de constater que les « réelles » innovations se font rares et que nous assistons à une surenchère d’améliorations qui n’en sont pas dans la plupart des cas. Par exemple le paramétrage des appareils photographiques des smartphone réglés pour limiter la taille des images alors qu’ils sont dotés de capacités de captures dépassant les 20 millions de pixels, quelle ironie et quel gaspillage !

Schumpeter dès 1912 indiquait que l’innovation recouvrait six grands types de transformations de natures différentes([1]) : le déploiement d’une nouvelle organisation, la fabrication d’une nouvelle solution, la mise en place d’une nouvelle méthode de production, l’emploi de nouveaux moyens de transport, l’ouverture ou l’accès à un nouveau débouché, l’emploi et/ou la découverte d’une nouvelle source de matières premières. C’est une classification tout à fait remarquable mais qui n’a de cesse de promouvoir la nouveauté et donc la marche en avant vers le « progrès ». Schumpeter n’a prévu nulle part de place pour les conséquences de long terme ou la désillusion attachée à certaines innovations lorsqu’elles sont poursuivies sans discernement. De fait c’est extrêmement logique puisque dans le monde Schumpetérien, d’autres innovations viendront traiter des susdites conséquences ! Le travail de Schumpeter est d’autant plus important qu’il a également promue la théorie de la destruction créatrice de l’économie ([2]) qui affirme qu’il existe un processus continuellement à l’œuvre dans l’économie de marché qui voit disparaître des activités au profit de la création de nouvelles activités de remplacement. Encore une illustration de la marche forcée vers le « progrès » obligatoire que soutien théoriquement l’innovation. Comment remettre en question le rôle fondamental de la voiture dans le progrès humain ? Cette révolution totale des modalités de transports de l’humanité à définitivement transformée notre relation au temps et à l’espace et a permis des conquêtes indiscutables dont nous profitons tous. Pourtant cette innovation, ou plutôt invention, a également produit de très nombreux effets indésirables dont nous payons aujourd’hui le prix fort ! Pollution aux microparticules provenant du diesel qualifiée aujourd’hui de mortelle et pourtant massivement soutenu par les pouvoirs publics depuis des décennies, absurdité de l’emploi et de la possession d’un véhicule pesant plus de 1 tonne pour transporter un passager unique pesant en moyenne 85 kilogrammes d’un point A vers un point B, engorgement total des villes qui n’ont pas pu ou pas voulu basculer vers le « tout » transport collectif mais qui sont désormais confrontées à la situation ubuesque des blocages quotidiens de la circulation. Un autre exemple nous est donné dans la remise en question des réseaux sociaux. Qui ose questionner ces derniers se trouve immédiatement qualifié de réactionnaire ou de dinosaure voir d’opposant à la liberté d’expression. C’est pourtant bien aujourd’hui que nous devons affronter les conséquences de ces mêmes réseaux sociaux en matière de harcèlement électronique, de poussée des extrémismes les plus divers et d’influences néfastes sur certaines élections très importantes alors que nous aurions pu anticiper ces dérives ! L’ironie de l’arroseur arrosé serait délectable si tout ceci n’avait des résurgences dans le quotidien de plus en plus marquées et quelquefois dramatiques.

L’innovation s’est donc imposée comme un « devoir » non négociable, un exercice obligatoire et incontournable pour toute entreprise ou activité humaine qui prétend occuper une quelconque position dans le jeu mondial du marché. L’entreprise qui n’innove pas meurt ! Tout est dit et il serait vain de pérorer pour contester en tout ou partie ce dogme, car il s’agit bien d’un dogme, approche fondamentale et considérée comme incontestable d’une théorie, en l’occurrence économique. Ce dogme est par ailleurs renforcé par nos habitudes et notre mode de consommation de toutes ces nouveautés sans réelle introspection sur le besoin ou le gap fonctionnel ou pratique avec ce que nous possédions préalablement. Enfin, comment prendre le temps alors même que tous les médias et les « experts » nous expliquent qu’il existe une urgence « urgente » à innover ?

Paroxysme de cette construction intellectuelle permettant d’illustrer les dérives de ce dogme les startups et tout particulièrement dans les domaines du numérique. Cette forme d’entreprenariat est devenue au fils des années la matérialisation ultime de l’innovation, l’alpha et l’oméga de la créativité, le pilier le plus abouti et presque unique de l’idéation. Le nombre de startup a littéralement explosé et est estimé à environ 10000 en France en 2016 selon l’observatoire MyFrenchStartup([3]). Existe-t-il une légitimité à questionner le fait que les « ondes » soient monopolisées au service de la défense de cette vision quasi unique de l’innovation ? Je réponds par l’affirmative même si nous devons admettre qu’il est difficile d’échapper à cette déferlante, qui tombe à point nommé, de la startup « solution à tout » qui vient masquer les défaillances de nos modèles « classiques » et éprouvés de création de valeur. Fort heureusement certains mouvements de fonds se mettent en place pour venir contrecarrer ce phénomène de mode. Je vous invite à consulter un article de FrenchWeb sur la renaissance des « vrais » startups scientifiques([4]) qui me parait repositionner un peu plus correctement le concept de startup, c’est à dire « une entreprise pionnière, liée à une notion d’exploration qui développe une activité sur un marché nouveau situé hors des frontières habituelles, dont le risque est quasiment impossible à évaluer ». Il est commode d’oublier les origines mais il faut se souvenir que les exploits des startups exploitant par exemple les grands progrès technologiques de la transmission des ondes radios ou de la « houille blanche » datent du début du XXième siècle. Ces entreprises ont constituées leurs activités en s’appuyant sur de véritables révolutions scientifiques. Qu’en est-il de la multiplication des startups aujourd’hui ?

Par ailleurs l’innovation est intimement liée, dans l’inconscient et le conscient collectif, au progrès donc à l’amélioration continue du tout et de ce qui le constitue. Il faut savoir que le mot progrès est hérité d’un terme militaire latin, progressus, qui signifiait avancer, progresser sur le champ de bataille. Le progrès est donc associé à un mouvement de marche en avant et corrobore une idée moderne qui s’oppose à la stabilité, principe qui s’apparente à la stagnation. Comme nous pouvons le constater toutes ces notions ne laissent que peu de place aux doutes, questionnements et autres remises en causes. Qui souhaite réussir n’a d’autres choix que d’ouvrir le champ libre au progrès qui, lui-même, ne peut se contenter de l’immobilise et qui donc se doit d’avancer se condamnant ainsi à une innovation permanente et perpétuelle. Comment ne pas penser au tonneau des Danaïdes([5]) ? Le progrès ne se limite heureusement pas aux dimensions technologiques et mérite une analyse bien plus approfondie et bien loin de cette vision que j’ose qualifier de simpliste. Lisons par exemple un post de Martin Anota sur overblog concernant « les répercussions du progrès technique sur la répartition des revenus »([6]) pour nous convaincre que les forces à l’œuvre sont bien plus complexes que nous ne pouvons le percevoir.

C’est dans ce contexte de course en avant que « l’innovation durable » prend tout son sens et permet de porter un autre regard sur l’innovation. Le terme durable (du latin durabilis – qui est fait de manière à durer) constitue le cœur d’un mouvement né au court des 30 glorieuses : le développement durable. Le concept fait sa première apparition lors de la commission mondiale sur l’environnement et le développement en 1987 dans le rapport Brundtland([7]). Il est défini comme « un développement susceptible de satisfaire les besoins de la génération actuelle sans compromettre la possibilité pour les générations futures de satisfaire les leurs ». Si nous faisons abstraction des théories de décroissance économiques qui accompagnent et vienne brouiller trop souvent ce concept, nous constatons que son fondement repose sur une « consommation » des ressources beaucoup plus raisonnée. L’incongruité vient de l’association de ce concept, qui fait référence à la pérennité et à la longue durée, avec celui de l’innovation qui est perçu aujourd’hui comme éphémère et en transformation continue donc rapide. L’innovation durable se veut donc le mariage du rapide et du lent, le vecteur de la transformation qui dure, le porteur de l’évolution qui mesure « ses pas » ! Plus sérieusement, j’engage tout un chacun à lire le rapport Morand-Manceau « Pour une nouvelle vision de l’innovation »([8]) et à consulter les initiatives de l’institut pour l’innovation et la compétitivité([9]) par exemple. L’innovation durable installe l’idée d’un nouveau business model capable de transformer radicalement les entreprises tout en étant susceptible de les déstabiliser très fortement. En fait il ne s’agit ni plus ni moins que de repenser l’entreprise de fond en comble pour assoir son modèle économique sur de nouveaux fondamentaux. Étonnamment cette approche de l’innovation se traduit par une adaptabilité constante de l’existant loin des « standards » du moment qui prônent le disruptif comme solution absolue et indiscutable ! Nous retrouvons pêle-mêle dans ce mouvement les considérations d’écoconception, de « reverse innovation », d’économie circulaire ou encore d’économie de la fonctionnalité.

Peut-on alors associer de manière équilibrée et profitable la poursuite de l’ouverture aux startups, avec toute la dynamique louable qui l’accompagne, et l’innovation durable qui s’est fixée pour objectif de reconstruire tous les fondamentaux du modèle économique consumériste dans lequel nous vivons en en préservant, là aussi, la dynamique de marché ? Si nous ajoutons à ce duo l’impérative nécessité de réintroduire la recherche dans le dispositif, nous pouvons raisonnablement en conclure que la tâche sera difficile. Associer des temps longs (voire très longs) au temps cours, œuvrer pour retrouver une compétitivité économique rapidement tout en assurant une évolution drastique mais longue des compétences, engager des réformes de tous ordres mais donner la priorité aux impératifs environnementaux ne sont que quelques exemples de ce qui constitue pourtant le challenge que nous devons relever collectivement. Plutôt que de faire des choix contextuels et donc arbitrer en faveur de certains renoncements ne serait-il pas plus judicieux de prendre le temps d’orienter plus efficacement nos énergies et nos ressources ? La prise de recul, l’analyse objective, les études systémiques, la valeur du temps et le bien collectif sont autant de principes qu’il nous faut à nouveau convoquer. Ce qui est incontestable c’est qu’il est bien plus long et difficile d’innover durablement en tenant compte des usages réels des solutions et de l’adhésion la plus large possible.

Il me semble intéressant de conclure par un questionnement sur la transformation de notre société en lien direct avec l’innovation. Il est indéniable que nos sociétés doivent évoluer pour intégrer de nouvelles contraintes économiques, environnementales et sociétales. Si l’identification des besoins de fond est pertinente et semble faire consensus, la question posée est bien celle de la transition, du passage d’une forme de société à une autre. La notion de transformation nous engage à penser le changement dans sa radicalité et à questionner ce qu’il est prioritaire de changer et ce qui permettrait ces changements. La réflexion sur l’objet et la méthode retrouve ici toute sa valeur et nous place devant les conséquences du dictat actuel de l’innovation. Cette nécessité d’évolution et le sentiment d’urgence réelle ou fictive qu’il provoque sont omniprésents et pourtant l’horizon des événements ne bouge pas dans sa globalité, pourquoi ? Taux d’acceptation, usages et éducation font, à mon sens, parti des éléments clés de réponse à cette question redonnant ainsi aux sciences humaines et sociales un rôle central dans la digitalisation de nos sociétés. Une étude récente de Opinionway([10]) pour le compte de Zingularity nous éclaire sur la relation complexe que les français entretiennent avec les technologies numériques en particulier. Sans tomber dans l’anarcho-primitivisme force est de constater que le sentiment à la fois de dépendance et de rejet commence à devenir préoccupant et révèlent la mise en place de nouveaux équilibres qui vont peser sur l’orientation globale des prochaines innovations. Comme l’explique bien Tristan Nitot([11]) la peur grandissante du numérique engendre des blocages sérieux. Je considère pour ma part que nous avons surtout raté une étape essentielle : l’éducation au numérique dans ce qu’elle est capable d’apporter en acculturation, car le numérique est définitivement une culture avec ses langages, ses codes, ses normes. Guy Rocher (un sociologue Québécois) définit la culture comme « un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d’agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d’une manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes en une collectivité particulière et distincte ». Nier cette dimension au numérique constitue, à mon avis, une erreur à ne pas commettre. Si nous acceptons cette prémisse il est donc absolument nécessaire d’investir dans l’apprentissage des bases pour que tous puisse non seulement en décoder les usages mais également soient en capacité d’en intégrer plus facilement et plus rapidement les conséquences, que tout un chacun puisse librement et en toute indépendance se forger une compétence de tous les jours des outils du numérique. Si la France a besoin de développeurs pour assurer son avenir dans les technologies du numérique, elle a aussi besoin d’une démocratisation et d’une intégration complète et définitive par les individus et l’ensemble des élus. Point n’est besoin de savoir coder en Java ou comprendre les arcanes inextricables de l’intelligence artificielle pour lancer un large éventail d’initiatives d’éducation au numérique. Je me trompe surement, mais la plupart des individus n’ont pas reçus une formation même limitée au fonctionnement du moteur à explosion, pourtant une grande majorité est passé par une auto-école pour apprendre à conduire. Au regard des enjeux et de l’omniprésence grandissante du numérique, est ce qu’il est inconcevable que l’on accompagne cette mutation extrêmement profonde et diversifiée de nos sociétés avec des « écoles de conduite du numérique » ?

Ce dernier point est finalement le challenge de plus haut niveau que nous avons à adresser car il conditionne la réussite de tous nos efforts et les retombées de toutes ces ressources que nous consacrons à l’innovation. Si nous avons pensé à un moment que nous pouvions nous passer de l’éducation nous avons eu tort et j’aime à me rappeler que, au court des 40000 dernières années, l’humain a su accélérer pratiquement tout ce qui concernait son environnement (en bien et en mal). L’un des derniers remparts qui subsiste et qui résiste, sous des formes extrêmement variées, à cette accélération c’est son cerveau et sa capacité à intégrer, assimiler, accepter et in fine exploiter les innovations. J’ose détourner une citation de Rabelais en affirmant que « innovation sans conscience n’est que ruine de la confiance » et malheureusement c’est ce que nous vivons actuellement.

 

[1] Joseph Schumpeter, « Théorie de l’évolution économique », 1911 – traduction française de 1935, http://classiques.uqac.ca/classiques/Schumpeter_joseph/theorie_evolution/theorie_evolution.html

[2] Joseph Schumpeter, « Capitalisme, socialisme et démocratie », 1942, traduction française de 1942, http://classiques.uqac.ca/classiques/Schumpeter_joseph/capitalisme_socialisme_demo/capitalisme.html

[3] http://www.myfrenchstartup.com/fr/startup-france-data-analytics

[4] http://www.frenchweb.fr/la-renaissance-des-start-up-scientifiques-partie-1/269993

[5] https://mythologica.fr/grec/danaide.htm

[6] http://www.blog-illusio.com/2016/07/les-repercussions-du-progres-technique-sur-la-croissance-la-repartition-des-revenus-et-l-emploi.html

[7] http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/sites/odyssee-developpement-durable/files/5/rapport_brundtland.pdf

[8] http://institut-innovation-competitivite.eu/sites/default/files/biblio/rapport_morand_manceau_-_pour_une_nouvelle_vision_de_linnovation_-_escp_europe_2009_0.pdf

[9] http://institut-innovation-competitivite.eu/fr

[10] http://www.opinion-way.com/pdf/opinionway_pour_zengularity_-_les_francais_et_les_technologies_au_quotidien_-_octobre_2016.pdf

[11] http://www.leblogexpectra.fr/gens-se-mefient-de-technologie_13763.html

Les métriques software

Un support méthodologique pour la compréhension intrinsèque de la qualité des développements objets

Instinctivement, nous pouvons deviner que les « métriques du logiciel » impliquent des chiffres et des mesures des différents aspects du processus de développement logiciel. Si nous nous tournons vers la littérature, nous pouvons trouver plusieurs définitions, qui donnent une interprétation plus ou moins différentes du même terme.

Goodman (1993)[1] définit les métriques logicielles comme « l’application continue de techniques de mesures sur le processus de développement pour fournir des informations de gestion pertinentes et opportunes, ainsi que l’utilisation de techniques pour améliorer ce processus et ses produits ». Le champ est donc vaste mais le but concerne bien l’amélioration de tous les aspects de la réalisation des logiciels.

Grady (1992)[2] souligne pour sa part que les « métriques de logiciels sont utilisées pour mesurer des attributs spécifiques d’un développement logiciel afin de nous aider à prendre de meilleures décisions ». Cette définition met en évidence l’un des problèmes liés aux développements logiciels, le manque d’informations pour prévoir et évaluer les projets.

D’autres auteurs, comme Zuse (1991)[3], font une distinction entre « mesures logicielles » et « métriques logicielles » ! Cela implique que la mesure et la métrique sont des termes plus mathématiquement corrects lors de l’examen de la valeur empirique de différents objets mesurés dans le processus de développement logiciel. En outre, ils constatent qu’une métrique est un critère utilisé pour déterminer la différence ou la distance entre deux entités, par exemple la métrique d’Euclide, qui mesure la distance la plus courte entre deux points.

Parfois, nous trouvons des tentatives de classification des différents types de métriques logiciels. Une telle distinction est faite entre les mesures primitive et celle qui sont calculées. Les métriques primitives sont directement mesurables ou dénombrable, comme le comptage des lignes de code. Les métriques calculées utilisent une sorte de formule mathématique pour obtenir la valeur d’un attribut déterminé.

Pour différentier les mesures qui sont utilisés pour la prise de décision de haut niveau il est fait référence à des « métriques globales ». Cette expression renvoi à des informations sur la taille, le produit, et la qualité du développement qui influent sur la maintenabilité des logiciels. Cette première notion implique qu’il pourrait également y avoir des « métriques locales » ou « métriques de phase », plus liées à des cycles particuliers du développement.

En tout état de cause nous pouvons proposer de synthétiser la métrique software comme :

Une mesure de différents attributs du processus de développement logiciel dans le but d’obtenir des informations utiles et pertinentes pour améliorer l’efficience globale du processus de développement.

Je pense qu’il est important de reconsidérer la place de ces métriques dans nos processus de développement et qu’il faut appliquer les métriques en fonction des différents buts de mesure. Certaines métriques et méthodes de mesure sont plus utiles à une phase spécifique du développement logiciel :

  • Dans les phases préliminaires comme l’analyse des exigences et la conception du système
  • Dans la phase d’implémentation pour capturer le statut réel du projet afin d’en mesurer la progression
  • Dans la phase des tests dans la remontée du nombre de défauts ainsi que la densité de défauts

Il faut appliquer les métriques pertinentes selon les différentes exigences en matière d’objectifs de qualité du produit final. Si on évalue la convivialité du logiciel, par exemple, le degré de satisfaction des clients en termes de facilité d’utilisation est la mesure la plus parlante !

Enfin il faut appliquer les métriques en regard des différents rôles des membres d’une équipe de développement. Les développeurs choisissent des métriques comme l’effort contribué au projet, la durée estimée pour leur tâche, la complexité du module sur lequel ils travaillent, le nombre de lignes de code produit ou la densité de défauts. Le chef de projet mettra l’emphase sur la complexité ou le volume estimé du projet afin de planifier les tâches, les dates et l’effort global prévus. Le management de l’entreprise s’intéresse plutôt aux métriques incluant la valeur commerciale du produit final en fonction de l’investissement avant le projet, le degré de satisfaction des clients, la comparaison entre le temps prévu et le budget disponible et les valeurs obtenues au cours de la construction.

Le sujet est approfondi dans un document que vous pouvez télécharger.


[1] Goodman, P., « Practical implementation of software metrics”, 1993, McGraw-Hill publication

[2] Grady, R.B., « Practical software metrics for project management and process improvement », 1992, Prentice Hall

[3] Zuse, H., « Software complexity – measures and methods », 1991, Walter de Gruyter & Co

Agilité : Mythe ou Réalité

1.  Les Modèles de Développement Logiciels

L’utilisation d’une méthodologie a normalement pour but d’assurer qu’une approche consistante et reproductible soit appliquée à un projet. Pour de nombreuses entreprises l’adoption de méthodologies n’a pas toujours donné les résultats espérés. La principale critique des méthodes « traditionnelles » c’est qu’elles sont trop lourdes pour faire face aux développements de nouvelles activités.

Les méthodologies dites « agiles » s’appuient sur deux concepts clairs :

  • Produire du code rapidement
  • Travailler en équipe dans un esprit de « goodwill ». C’est ici l’acception classique du terme qu’il faut voir, c’est-à-dire la création d’un « fond de commerce » commun au travers du travail de toute une équipe qui vise des perspectives de retours sur investissements collectifs

1.1.       Les Approches Traditionnelles

Le développement logiciel décrit les étapes qui consistent à concevoir, analyser, créer, implémenter et tester un agrégat de code dont la finalité consiste à remplir une mission. Un cycle de vie ou modèle de processus représente alors le modèle de planification des étapes de réalisation. Les cycles de vie sont à la source de la création de la plupart des produits logiciels existants à ce jour.

Si les cycles de vie se proposent de gérer et de séquencer un ensemble de taches les méthodologies revendiquent l’intégration d’outils de modélisation et de techniques ayant pour objectif de focaliser sur le contenu informationnel. L’idée sous-jacente attachée à l’utilisation d’une méthodologie consiste à réduire les risques et à défendre trois points essentiels :

  • Fournir un produit fini de meilleure qualité
  • Intégrer un meilleur processus de développement
  • Standardiser les processus

Les principales critiques des méthodes « traditionnelles » concernent l’incapacité à faire face au « time to market », à réduire les temps de développements, à réduire les couts de production, à changer rapidement pour s’adapter dans un marché qui bouge vite. Les arguments militants contre les méthodologies « lourdes » sont :

  • L’incapacité à définir exactement ce qu’est une méthodologie, fait surprenant au demeurant puisque l’objectif des méthodologies est la précision
  • Le déplacement de l’objectif. Le temps est plus utilisé à adhérer et à définir les points clés de la méthode qu’a produire le logiciel
  • L’incapacité à reconnaitre que les méthodologies ne peuvent s’appliquer de manière universelle
  • L’incapacité à intégrer des facteurs sociologique de succès comme la créativité, l’implication et la capacité à transgresser les « règles » canoniques
  • Le manque de flexibilité face au dogme

1.2.       Les Approches Agiles

Les méthodologies agiles ont pour objectif de supprimer l’inefficacité, la bureaucratie et tout ce qui n’a aucune valeur ajoutée pour le produit. Les principales valeurs de cette approche sont synthétisées dans le « manifeste des techniques agiles » (http://agilemanifesto.org/) :

  • Compter sur les interactions entre individus pour faciliter le partage d’informations, les changements rapides de processus lorsque nécessaire et réduire au maximum la documentation (paperasserie)
  • Utiliser dés que possible des parties de logiciels opérationnels pour avoir rapidement des résultats mesurables et des retours d’expériences
  • Mettre les clients dans la boucle en considérant que les clients (interne et externe), les utilisateurs et les développeurs sont dans la même équipe. Ceci à pour bénéfice de fusionner leurs expériences et expertises pour s’adapter rapidement aux changements de directions et fournir un résultat final bien plus adapté aux demandes du marché
  • Il est plus important de se concentrer sur les changements de réalités que sur des plans dépassés. Il n’y a donc pas de planning (au sens strict et pluri-mensuel du terme) puisque la planification est par définition dépassée dés qu’elle est finalisée

Cette approche à donc donnée naissance à quatre attributs clés :

  • Itératif : un projet doit avoir de nombreuses itérations
  • Incrémental : un projet n’est jamais livré en un seul morceau mais est constitué de couches successives
  • Auto-organisé : les équipes sont responsables pour déterminer le meilleur moyen pour aboutir à leurs fins
  • « Emergente » : les processus, les principes de pilotage et les structures organisationnelles émergent durant la vie du projet

Toutefois les approches agiles ont montré leurs limitations dont :

  • Une capacité très réduite à gérer des équipes distribuées (multisites)
  • De grosses difficultés à intégrer des individus temporairement (CDD, sous-traitants, intérimaires), éléments allogènes à l’équipe en place. Ce facteur est particulièrement critique puisque, à la base des méthodes agiles, l’équipe est réduite et, par construction, experte
  • Grandes difficultés à construire des composants logiciels réutilisables comme des librairies ou des référentiels sans entrevoir la nécessité de phase importante de refactoring
  • Difficulté non surmontée à gérer des équipes de plus de 10 personnes
  • Incapacité à produire des applications à très grande diffusion
  • Grandes difficulté à produire des logiciels à longue durée de vie impliquant un support et de la maintenance sur de longues périodes (plusieurs années)
  • Inadaptation au re-développement d’applicatifs vieillissants
  • Très mauvaise capacité à documenter le développement

Même si la tendance actuelle tente de démontrer que ces limitations peuvent être contournées par un bon management et des équipes expertes et soudées, rien n’a réussi à ce jour à éviter les dérives ci-dessus mentionnées.

2.  Le Bon Équilibre ?

Il apparait donc que les deux approches présentent des failles conceptuelles et contextuelles qui, si elles ne sont pas gérées, conduisent à des difficultés majeures. Le grand challenge consiste probablement à trouver un système équilibré qui puisse tirer avantage des deux théories de manière à compenser les faiblesses réciproques.

La solution se trouve certainement et de manière intuitive aussi bien que démontrée par de nombreuses analyses, dans les organisations hybrides qui appliquent l’une ou l’autre approche avec plus ou moins de profondeur en fonction de 5 critères :

  • La taille de l’équipe, du projet. Cette dimension est fortement influencée par le nombre de clients, la durée de vie du produit, la couverture fonctionnelle et donc métier
  • La criticité du projet
  • Le dynamisme de l’équipe
  • Les compétences en présence
  • La culture de l’entreprise de manière générale

Boehm et Turner (2004) ont rassemblé ces 5 dimensions dans la rosasse ci-après et nous constatons comment un projet de développement peut être positionné dans un mode agile ou traditionnel.

Pour ce qui est du choix d’une méthode il est alors question de gestion du risque qui est classé en trois catégories :

  • Environnemental : qui résulte de l’environnement général du projet
  • Agile : qui résulte de l’utilisation d’une approche agile
  • Traditionnel : qui résulte de l’utilisation d’une approche traditionnelle

Catégorie de risques

Nom du risque

Description du risque

Environnemental

Technologie

Incertitude technologique

Coordination

Beaucoup d’intervenant à coordonner

Complexité

Système complexe

Agile

Taille

Difficulté à adapter la taille des équipes et/ou la criticité

YAGNI

(You Are Not Going to Need It)

Utilisation de conception simple ou YAGNI

Compétence

Pas suffisamment de personnes formées et expérimentées

Brassage

Trop de turnover dans les équipes

Traditionnel

Changement

Changements d’orientations trop rapides

Vitesse

Besoin de résultat rapidement

Emergence

Possibilité d’émergence en cours de route de besoins non spécifiés initialement

Compétence

Pas ou peu de compétence en pilotage et planification

3.  Conclusion

Les observations menées à travers le monde montrent que les méthodes agiles ou « disciplinées » (traditionnelles) ont, quoi qu’on en dise, la même finalité : satisfaire les attentes des clients dans des coûts et des délais appropriés. De même aucune des approches n’est infaillible et il faut être en capacité de mixer les deux pour tirer partie de leurs forces respectives tout en abolissant leurs faiblesses. La plus grande difficulté consiste alors à supprimer au sein d’une organisation (ou entreprise) les barrières suivantes :

  • Les processus de développement qui doivent relever du bon sens et non du dogme
  • Les processus business qui doivent intégrer forces et faiblesses de l’une ou l’autre approche pour peu que l’information soit clairement établie et diffusée. Ceci concerne la disponibilité des moyens, la fixation des objectifs de ventes, les possibilités de croissances, etc …
  • Les processus internes autres qui doivent intégrer une plus ou moins grande flexibilité. Il est totalement illusoire de vouloir adopter une approche agile dans une société très hiérarchisée et très bureaucratique par exemple
  • Les conflits entre individus qui doivent être gérés dans le contexte posé par l’approche de développement choisie. En effet, méthodes agiles ou traditionnelles induisent l’acceptation de règles du jeu différentes
  • L’explicitation de ces règles du jeu aux membres de l’équipe pour qu’elles soient comprises et acceptées. Il faut avoir en tête que les formes de créativités, d’initiatives, de contrôles, de relation avec les clients et de réalisation du travail de manière globale sont fortement influencés par la méthode mise en place
  • L’acceptation de la diversité des méthodes au sein d’une même organisation avec, encore une fois, l’obligation pratique de clarification des règles d’interactions entre les deux modèles lorsqu’ils doivent coexister

4.  Références

1) Galal H. Edeen, A.E. Riad and M. Seyam, « Agility versus Discipline : Toward a Middle Ground », Proceedings of the 37th International Conference on Computers and Industrial Engineering, October 20-23 2007, Alexandria, Egypt

2) Philip Bradley Website (Phil Bradley est un spécialiste de l’information mondialement reconnu dans le monde de la publication électronique depuis 20 ans. Il enseigne dans des domaines comme les moteurs de recherche ou les conséquences de l’internet. Enfin c’est l’un des rares « Microsoft Search Champions » dans les TIC)

3) Alex Iskold, « The Future of Software Development », ReadWriteWeb, October 16, 2007

4) B. Boehm et R. Truner, « Balancing Agility And Discipline : A Guide For The Perplexed », Addison-Wesley, Boston

5) Robert A. Small, « Where is The Discipline in Disciplined Agility ?  », Systems and Software Consortium Presentation, April 2007, www.systemsandsoftware.org

6) Jim Highsmith, « What Is Agile Software Development ?  », Cutter Consortium, The Journal of Defense Software Engineering, October 2002

Systémique

Le fonctionnement global de notre « système » sociétal consiste trop souvent à simplifier à l’extrême toutes les analyses à un point tel qu’elles tendent à devenir absurdes. Constatez-le avec les médias et l’information qui est « débitée » en tranches continues tous les jours et vous aurez un petit aperçu des dégâts engendrés par l’éviction de l’intellect de notre quotidien.

Convoquons à nouveau notre intellect et posons nous la question suivante : la systémique a-t-elle été oubliée ou n’a-t-elle jamais eu prise dans notre société ? Je ne suis pas suffisamment qualifié pour répondre à cette question, je ne fais que constater l’absence de la systémique dans notre vie de tous les jours. Mais qu’est-ce que la systémique ? Inutile de réinventer la roue, fions nous au Larousse qui nous indique ceci :
« Se dit d’une approche scientifique des systèmes politiques, économiques, sociaux, industriels qui s’oppose à la démarche rationaliste en abordant tout problème comme un ensemble d’éléments en relations mutuelles. Cette démarche s’appuie sur des découvertes en cybernétique, théorie de l’information, biologie, linguistique et anthropologie ». Je vous conseille la consultation du site de la « systémique attitude » dont la lecture m’a paru très enrichissante (http://www.systemique.com/).

Hors donc, la démarche cartésienne que les français pratiquent excellemment s’oppose presque à la systémique car la relation de cause à effet y est bien moins visible et demande des degrés d’abstractions que nous ne voulons plus (que nous ne savons plus ?) invoquer car trop couteux en temps, en énergie et en dépenses « neurales » (ce bulbe que tout ce qui nous entoure nous engage à solliciter le moins possible !).

Prenez l’exemple de la route. Je roule tous les jours au milieu d’une cohue de voitures et au fils des années qui s’écoulent, j’ai de plus en plus la sensation que la bêtise domine de plus en plus le paysage. Tout se déroule comme si nos cerveaux étaient débranchés lorsque nous conduisons. Tel véhicule qui roule à 60 km/h sur une autoroute, tel autre qui slalome entres les voitures, tel autre qui freine de manière incompréhensible et inconsidérée, etc … Pour lutter contre les dangers évidents de la route, les infractions permanentes au code de la route et les incivilités nous avons mis en place tout un arsenal dissuasif de lois, de contrôles, de répressions. Force est de constater que la route n’est jamais assez sécurisée et continue à tuer des milliers de personnes tous les ans ! Pire que cela, nous savons tous que si nous supprimions les radars ou que la présence policière se faisait moins sentir, la quantité de morts et de blessés remonterait en flèche. Nous traitons la conséquence, pas la cause en attaquant la problématique par sa partie apparente. D’aucun me répondrons qu’il manque le volet éducatif à « un système outrageusement répressif … » (ya tcha !!!). Je répondrais … et le civisme, comment l’acquérir ? Et la compréhension des mécanismes de base de la physique comment la faire rentrer dans les cranes ? Et la responsabilisation qui vous fait assumer vos actes, comment l’inculquer ? Et oui, dans un monde qui considère la culture Nabila comme une référence, qui nous apprends via les Chti que nous avons deux soleils, qui nous fait croire que la culture générale se résume à réciter par cœur des dates dans des jeux télévisés ou enfin qui a vu Corneille devenir au mieux un chanteur au pire un chien de dessin animé, ne nous étonnons pas que le système devienne incompréhensible en apparence. La systémique a été oubliée mais elle peu nous aider ! La résultante cumulative de tous nos actes, apprentissages, réflexions, inflexions qui ressurgie dans notre quotidien peut trouver quelques explications grâce à l’analyse systémique. Ce monde produit les conditions qui nous ramènent à la non maitrise de ce qui se déroule sous nos yeux sur la route. Comme nous avons décorrélé tous ces phénomènes les uns des autres (la chaine est longue entre les Chti et la route !!), alors il ne nous apparait pas de manière limpide les relations qui existent entre ce chauffard idiot, qui plus est incompétent et quelquefois ivre, et le monde d’inculture et de passivité que nous avons tous contribuer à créer.

Pourquoi est-ce que je vous « bassine » avec la systémique ? Parce que nous vivons dans le monde des TIC avec des problématiques qui relèvent de la systémique. Celle qui m’anime ici est le maillon « très » pauvre de nos processus de développements, la phase de test/validation/intégration qui est, pour moi, l’un des exemples paroxystique d’un manque d’analyse systémique. Qui n’a pas vécu au quotidien des arbitrages dans les développements logiciels qu’il anime ou auxquels il participe quasi systématiquement en défaveur des tests ? Combien parmi vous ne connaissent pas la réponse rituel de son manager : « mais tu ne te rends pas compte, cela coute beaucoup trop cher » ! Quand le développement logiciel va t’il murir suffisamment pour admettre une bonne fois pour toute les éléments suivants :

  • Le test devrait représenter 50% de l’effort en matière de développement
  • Le test devrait être tellement important que chaque développeur devrait avoir son testeur ou un mi-temps dédié à la réalisation de tests
  • Les impacts liés à une absence de tests sont présent dans toutes la chaine de valeur d’un produit et se manifestent partout y compris dans des notions intangibles comme l’image ou la réputation d’une entreprise
  • Un éditeur de logiciel qui n’intègre pas ces notions en 2014 s’assimile au constructeur automobile des années 1950 !
  • Tout ce qui permet d’améliorer la traçabilité, le suivi, la remontée d’informations dans un développement logiciel doit être mis en œuvre au plus vite dans le cadre d’une politique de tests

Bien que mes propos soient délibérément exagérés, tous les managers ont lu, entendu, rencontré des dizaines de fois des experts expliquant tous les mérites d’une véritable politique en matière de tests. Une majorité pourtant continue à ne pas agir et à ne pas investir dans ce domaine. Les raisons sont à la fois simples et presque ridicules :

  • Lorsque des ressources sont allouées aux tests, c’est rarement de manière pérenne (dans une organisation dédiée par exemple), avec des moyens matériels appropriés, avec un outillage adapté. Les effets de ces investissements sont alors long à venir et le couperet tombe : trop cher, trop long, nous avons mieux à faire
  • Une politique de test ne porte ses premiers fruits qu’au bout de longs mois d’efforts (12 à 18 minimum). Lorsque le processus à le temps de s’installer il se produit plusieurs phénomènes comme l’accumulation pour les tests unitaires, la consolidation des « maigres » outils installés et/ou développés in vivo et donc stabilisés par les équipes, la structuration d’un environnement de tests en fonction des moyens alloués, le changement des habitudes de productions au travers de PIC par exemple (impact fort sur le processus de développement), l’intégration en amont des chaines de delivery qui s’industrialisent, la transparence dans des newsletters ou des dashboards publics donnant de la visibilité à tous les acteurs de la vie de l’entreprise. Notez que le test relève d’une démarche complexe et globale qui inclus de nombreux aspects du développement logiciel (et je ne suis pas exhaustif). C’est cet effort qui est souvent arrêté en plein vol car jugé trop couteux !
  • La mesure du retour sur investissement se fait non seulement attendre mais restera toujours difficile à réaliser et incomplète … jusqu’à la bascule ! Au support (SAV, hotline, …) les outils qui permettent de relier les problématiques clients directement avec la politique de tests sont inexistants sauf à constater la baisse en volume des demandes clients. Il est toujours plus facile de ne pas faire l’effort de traçabilité car cela est moins « couteux ». Dans les services en charge du déploiement, les mêmes causes entrainent les mêmes effets et ainsi de suite ! La chaine de suivi et de remontée de l’information est rompue dès que le logiciel quitte les « chaines » de fabrication. Imaginons cinq minutes la même situation dans le monde automobile ! (ah, on m’informe que c’est pareil sic !)

En résumé j’affirme, du haut de l’incompétence et de la conviction qui caractérisent mes 25 années passées dans le monde du numérique, les points suivants à destination des managers et dirigeants de toutes catégories :

  • Investissez dans le test au-delà de tout ce que vous auriez imaginé. Pour moi désormais le ratio idéal en matière de constitution des équipes de développement est de 40-50% pour le test
  • Investissez dans des outils d’industrialisation des tests. Que ces outils soient légers, ouverts, lisibles et rapides à mettre en œuvre me parait la seule contrainte à respecter. Évitez les usines à gaz des marchands de rêves qui transformeront votre investissement en chausse trappe. Le but d’un outil consiste à se mettre au service de votre objectif, non pas d’exister pour absorber vos ressources au service de l’outil !
  • Transformez vos processus pour tenir compte du test quitte à réaliser beaucoup moins de développements. La vertu de ce travail vous obligera à faire de véritables choix. Nous développons beaucoup trop et souvent pour rien !
  • Cessez de poursuivre la recherche de la démonstration du ROI car vous n’êtes pas équipé pour le mesurer pleinement et personne ne l’est. Cette attente vous conduit vers de mauvaises décisions simplement parce que vous n’avez pas l’appareil de mesure approprié. Lorsqu’il n’y a plus d’électricité chez vous (plus de lumière, vos appareil électriques arrêtés, …) vous ne cherchez pas un voltmètre de 18ième génération pour prouver la panne électrique. Vous utilisez votre bon sens et vos capacités d’observations pour agir (aller voir le disjoncteur, appeler un expert, …). C’est identique pour le test, vos constats sont les bons, vos intuitions sont correctes alors suivez les, surtout lorsque vous êtes devant des évidences que vous n’arrivez pas à démontrer financièrement
  • De grâce arrêtez d’attendre du monde du développement logiciel un miracle qui n’arrivera pas ! Le miracle consiste à continuer à croire et à faire croire qu’un développement sans bug peut et doit exister. Ce monde est bien lointain et il dépend de nos efforts à investir dans l’intellect des individus, dans leur culture, dans leurs capacités intellectuelles. Tiens, la boucle viens de se refermer et le “système” nous montre à quelle point tout est intimement lié de bout en bout

En clair, appliquer les grandes règles de la systémique et adoptez une démarche factuelle mais résolument réfléchie qui tentera de tenir compte des effets de bords induits par la mise en place d’une véritable politique de tests.

Je conclurais par deux citations :

  • Jean Piaget : « L’intelligence est notre dernier recours quand nous ne savons pas comment faire face à une situation
  • Claude Lévi-Strauss, « L’humanité s’installe dans la monoculture; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat. »

Note : c’est le physiologiste Ludwig von Bertalanffy qui est reconnu comme le fondateur de la science des systèmes. Après une série d’articles publiés en 1926 et 1930, il a énoncé sa « Théorie générale des systèmes » en 1947. Il en a exposé les bases fondamentales dans un ouvrage du même nom en 1973 chez Dunod. Voir http://en.wikipedia.org/wiki/Ludwig_von_Bertalanffy ou http://www.approche-systemique.com/sytemicien/precurseur/

Vous avez dit Technologie ?!

Je viens de lire un article concernant un problème qui serait intervenu lors d’un vote électronique des Français établit hors de France (http://www.senat.fr/questions/base/2014/qSEQ14060816S.html). En effet, la solution logicielle proposée par le ministère de l’intérieur, dépend de Java. Ce dernier n’étant pas forcément présent sur le poste des individus souhaitant voter, voir incompatible avec leur version de navigateur et/ou de système d’exploitation, un certain nombre de personnes ont rencontré des difficultés avec leur vote. Diable de diablerie de technologie logicielle !

Hors donc, Mme Hélène Conway-Mouret (Sénatrice et ministre déléguée chargée des Français de l’étranger – http://www.senat.fr/senateur/conway_mouret_helene11027h.html) « appelle l’attention de Mr le Ministre des affaires étrangère et du développement international » sur ces regrettables disfonctionnements en mentionnant l’exemple des banques en Irlande qui ont arrêté d’utiliser Java !

Nous assistons là à un nouvel épisode de la « découverte » des technologies par nos élus. À leur décharge ce n’est pas leur métier. Mais il est fort regrettable qu’ils ne soient pas entouré de véritables experts ayant « trainés » leur guêtres un peu plus spécifiquement dans les mondes du numérique.

Je n’ai pas osé écrire à Mme la Sénatrice mais voici en substance ce que j’aurais aimé lui indiquer :

  • Il est regrettable que l’Irlande vous serve d’exemple madame. En effet, si tous les établissements qui ont rencontrés les difficultés que vous mentionnez, fort à propos, avaient pris la même décision, l’informatique moderne n’existerait pas. Il faut-peut être entendre dans votre interpellation que vous auriez choisi une solution Microsoftienne ? Je salue au passage tous les pratiquants de Microsoft, autre grand parmi les grands en matière de technologies numériques. Respect donc pour des produits qui satisfont toute la planète, moi le premier
  • Il est peut être essentiel, désormais, que les élus se forment non seulement au langage usuel des TIC (les mots que nous employons) mais aussi à l’emploi des technologies du numérique (en clair le sens de ces mêmes mots). Cela leur permettrait de prendre conscience et de mesurer plus spécifiquement les choix qu’ils opèrent au quotidien en matière de solutions logicielles. Ils mesureraient la portée de leurs interrogations et auraient une écoute probablement différente de celle qu’ils ont aujourd’hui. Pointer du doigt Java ne fait avancer que les opposants aux technologies … Java. J’espère, Mme la Sénatrice, que vous êtes équipée d’un téléphone qui n’utilise pas Android ?
  • Nos « collègues » développeurs qui ont réalisés la solution que vous incriminez ont fait un excellent travail à n’en pas douter. Ont-ils au moins eu un cahier des charges clair avec l’ensemble des contraintes des cas d’usages qu’ils avaient à traiter ? Cette solution a-t-elle été confiée à un « éditeur » de solutions logicielles qui n’aurait pas manqué de peser les conséquences de ses choix technologiques ?
  • Enfin, et c’est bien plus ce point que j’aimerais porter à votre attention. Vous semblez avoir mis l’accent sur une problématique importante en matière de vote électronique, ce qui est une excellente chose. Je vous engage toutefois à prolonger votre analyse en questionnant notre « indépendance » technologique. C’est la phrase suivante de votre communiqué qui m’incite à vous orienter vers cette réflexion : « … par certains dysfonctionnements du logiciel de vote, notamment la dépendance à un logiciel extérieur (« Java ») dont il fallait installer une version obsolète ». En effet, l’évolution de Java est fixée par Oracle et nous devons tous suivre ces évolutions. Pour peu que votre solution ait été développée en 2010 (puisque utilisée en 2012) et vous voilà en 2014 devant une gestion d’obsolescence non maitrisée. Pour contrôler ce point il faut contrôler la technologie elle-même, ne pas être un simple « client » de la technologie des autres

C’est cet aspect qui me tiens le plus à cœur et qui constitue ce que certains appellent « les technologies de base » ou les « technologies clés ». Aucune n’est sous contrôle européen à ce jour. N’y a t’il pas un enjeu majeure d’indépendance et de liberté fondamentale à disposer d’une technologie européenne, complètement sous contrôle, pour alimenter des outils utilisables par les institutions œuvrant pour plus de 450 millions d’européens ? Je suis certains que si nous disposions d’EFEI (Environment For European Institutions) en lieu et place de Java ou du navigateur Triton (inspiré du dieu grec des navigateurs) en lieu et place de IE, Chrome ou Firefox nous serions bien plus à même de disposer de solutions pour tous les citoyens et de manière plus pérenne. Mais pour cela il faudrait :

  • Reprendre le contrôle de notre destin et des investissements colossaux consentis par l’Europe sur des sujets intéressants mais qui ne vont pas dans le sens de la maitrise
  • Placer enfin les technologies du numérique au centre des débats (remettre l’église eu centre du village !) en intégrant de véritables expertises pragmatiques et loin des dogmes en tout genre concernant les technologies

Ce métier n’est plus l’affaire de quelques passionnés qui ont mis la main sur un clavier à l’âge de 10 ans. Ces personnages existent encore fort heureusement pour nous tous, mais le numérique c’est désormais un métier, des méthodes, des structures, des formations et plus de 60 ans d’histoire.

Vous avez un rôle à jouer madame la Sénatrice, aider à la reconnaissance de cette filière en venant au contact de nos métiers et en les intégrant à vos réflexions. Vous constaterez alors que les TIC sont partout porteuses d’avenir et de révolutions. Le réseau existe et il est, je pense, disponible pour vous aider dans votre démarche.

P.S. : EFEI et Triton n’existe évidemment pas !